Expo universelle

Pour l’Expo 2015, la Suisse freine son audace

La présence de Nestlé dans le Pavillon suisse sera atténuée. Les responsables optent aussi pour un concept plus prudent quant à l’offre faite aux visiteurs, qui pourront se servir d’eau, de rondelles de pommes, de café et de sel

Pour l’Expo 2015, la Suisse freine son audace

Attractions La présence de Nestlé dans le Pavillon suisse sera atténuée

Les responsables optent aussi pour un concept plus prudent

Ce n’est pas une marche arrière, mais le résultat d’une «écoute» des milieux concernés, et d’une «modulation». Foi de Nicolas Bideau, le responsable de Présence Suisse. L’organisme construit le Pavillon suisse à l’Expo universelle de Milan, qui ouvrira le 1er mai 2015. Après une polémique sur le possible usage de bouteilles en plastique pour distribuer de l’eau, les responsables ont renoncé. Surtout, ils ont adapté le concept général du pavillon qui, dans sa première esquisse, était spécialement risqué. Trois points sur la représentation helvétique à venir.

Un «pavillon Nestlé»?

Le thème de l’Expo sera: «Nourrir la planète, énergie pour la vie». Le projet retenu pour le pavillon consiste en une «maison suisse», qui comprendra des expositions et un restaurant, ainsi qu’un bloc adjacent de quatre tours. Les visiteurs se promèneront sur ces volumes en prenant un ascenseur. Dans chaque tour, les curieux pourront se servir en denrées offertes: café, eau, pommes séchées et sel. Les produits retenus ne doivent pas souffrir de la chaleur, ce qui a exclu d’emblée chocolat et fromage. Leur choix a été complexe: dans un premier temps, les organisateurs ont pensé au sucre, en lien avec l’industrie sucrière nationale, puis ils y ont renoncé.

Sur ces points stratégiques, les rapports avec les sponsors, et le poids de ceux-ci, ont leur importance. S’agissant de l’eau, il a été question de bouteilles des marques Nestlé. Le géant sis à Vevey s’occupe déjà du café, offrant 2,5 millions de dosettes de café soluble. Une double visibilité, qui plus est en distribuant d’innombrables bouteilles en plastique, a suscité l’ire de certaines ONG. Finalement, il s’agira d’eau du réseau potable, consommable en gobelets. Pour le porte-parole de Nestlé, Robin Tickle, «il n’y aura pas concurrence, eau du robinet et en bouteille seront présentes», entre les tours et le restaurant. «Nous avons écouté» les plaintes, dit aujourd’hui Nicolas Bideau.

Demeure le soupçon que la structure helvétique tienne du pavillon Nestlé, la multinationale disposant aussi d’une exposition permanente dans la «maison suisse». Elle injecte 3 millions de francs pour un budget total de 23,1 millions. Mainmise? Le directeur de Présence Suisse s’en défend: «Nestlé est un partenaire fort, mais les paysans suisses le sont tout autant», avec les pommes et les produits du terroir sur la carte du restaurant. «En termes de marque, Nestlé apparaîtra relativement peu», ajoute-t-il, précisant que l’exposition de la firme «ne sera pas promotionnelle, mais axée sur la recherche en alimentation».

La présence du sel dans les distributions, soutenue par les Salines suisses et qui doit raconter une histoire des échanges économiques, fait aussi grincer des dents. Elle a d’ailleurs été discutée avec Alain Berset, au nom de la santé publique. Les stratèges de Présence Suisse jugent que les deux millions de sachets à 5 grammes, la dose quotidienne ­recommandée, permettront de plaider la modération dans la consommation de sel.

Générosité «modulée»

Les responsables ont modifié leur plan sur un autre point, plus fondamental. Dans son premier trait, le principe du pavillon était radical: toutes les denrées y étaient placées dès l’ouverture de l’Expo, sans recharge en cours de route. Les visiteurs auraient donc été appelés à réfléchir à ce qu’ils prennent, chaque portion signifiant moins de stock pour les suivants. Se remplir les poches ou songer à son prochain, dilemme helvétique proposé au monde.

En fait, le fonctionnement sera «modulé», indique Nicolas Bideau. Les responsables du site ne placeront pas d’emblée toutes les dosettes et rondelles de pommes, ils les répartiront selon leur écoulement, par tranches mensuelles. «Il sera important d’avoir des moments de vide», risque le diplomate, afin de souligner le message de responsabilité, et de développement durable, que le dispositif veut délivrer. Mais pas trop de vide: l’idée que les munitions soient épuisées a inquiété les responsables. En tenant à leur première audace, ils auraient pris le risque de priver leur installation de son principal facteur d’attraction.

Course contre la montre

Sur un point, la Suisse a de la chance. Son pavillon sera voisin de ceux de l’Italie et de l’Allemagne. Dans le contexte de ces expos, c’est un double atout. Parce que le pavillon du pays hôte est, de loin, le plus visité. Et parce que l’Allemagne est douée pour proposer des pavillons qui captent les badauds.

En outre, les Allemands ont démarré tôt, ouvrant leur chantier en avril. La construction du Pavillon suisse a commencé en septembre, les grandes structures devraient être achevées fin janvier. Les cadres de Présence Suisse le promettent: sur place, les délais sont tenus. Mais l’Expo a été frappée en mai dernier par un scandale de corruption et de trucage des marchés qui a conduit à plusieurs arrestations, dont celle du directeur général des constructions. Depuis, elle est placée sous la tutelle d’un commissaire du gouvernement, qui tente de colmater les brèches pour cet événement devisé à 1,35 milliard d’euros au budget de l’Etat. Les Suisses admettent que le chantier s’achèvera à la dernière minute, ce qui est toujours le cas dans ces expos. Des doutes subsistent toutefois sur l’avancement des travaux.

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