Tout repose sur le boulevard central, le Decumano, hommage à l’architecture romaine de la Rome antique. L’Exposition universelle de Milan, qui a ouvert ses portes vendredi, a cet axe ouest-est, depuis l’arrivée par les transports publics, comme pivot et déroulement centrale de son scénario.

L’ouverture de la manifestation a donné lieu à de violentes contestations en ville de Milan, quand les opposants – à ces dépenses, ou à la dépendance de l’Expo aux sponsors de l’agroalimentaire et du fast-food – ont été débordés par des activistes de type Black Block. Au reste, le pavillon suisse, qui dispense pommes séchées, dosettes de café, eau et cubes de sel en tentant de responsabiliser ses visiteurs sur les quantités qu’ils prennent, n’a pas été exempt de contestation: la présence de Nestlé, puis de Syngenta dans une exposition temporaire de Bâle, a ulcéré les altermondialistes.

Mais passé les polémiques, et après l’ouverture solennelle, à quoi ressemble cette Expo 2015, qui est consacrée aux enjeux de l’alimentation, et qui durera jusqu’à fin octobre? Premières impressions.

■ Un espace maîtrisable

Les précédents grands raouts de Aichi-Nagoya, au Japon en 2005, puis de Shanghai en 2010, s’étalaient sans compter les mètres carrés. Il y avait plusieurs zones, à joindre en télécabine (au Japon) ou par un ferry, en Chine. Milan sonne le retour à un espace plus ramassé. C’était d’ailleurs l’un de ses arguments de campagne pendant la sélection. Il y a donc ce DXXX. La plupart des pavillons ont pignon sur boulevard. Certains se trouvent un peu en retrait; cest le cas du thaïlandais et du suisse, qui doivent être rejoints par une rampe. Les Suisses hèlent les passants avec leurs mascottes vivantes et des cors des Alpes.

Cette organisation spatiale rend l’Expo fort lisible et simple à arpenter, même si l’on marche beaucoup au long de la journée. Elle se révélera pratique en particulier si l’on est en famille ou en groupe, puisque l’on peut organiser sa progression le long de l’axe. En arrivant le matin, le plan malin consiste à traverser la totalité du boulevard pour commencer par les pavillons situés à l’est, puis à remonter. On peut ainsi éviter des attentes dans les sites qui sont plutôt du côté est, tels que la Russie ou le Japon.

Cette disposition se révèle en revanche ingrate pour les installations franchement éloignées de la rue centrale. A l’est se trouve l’un des regroupements de pays, en l’occurrence axé sur les «zones arides», qui comprend le Sénégal ou la Jordanie. Encore fermés, victimes des retards du chantier, ces pavillons souffriront de leur position.

■ Pour les enfants: guetter les bons plans

Résumée grossièrement, une exposition universelle est un parc d’attractions avec du contenu au lieu de machineries. Elle représente un puissant fournisseur d’émotions et d’images souvenirs pour la famille. Sur ce point, avec son plan presque austère, Milan 2015 déjoue les clichés sur les pays latins. De prime abord, l’Expo paraît sèche pour une balade avec enfants. On ne voit guère d’aires de jeux ou de repos, pas plus que de zones pique-nique. Là encore, c’est une conséquence de la disposition géographique: les régions ludiques et calmes sont posées dans des encoches au nord ou au sud du boulevard, derrière les devantures des pavillons. C’est aussi en marge que l’on trouvera des enclaves de food trucks à l’offre parfois appétissante – davantage que dans les cantines officielles, disséminées le long du Decumano dans des bâtiments en bois. En outre, bon nombre de pavillons ont leurs propres points enfants.

■ Quels pavillons voir?

Une sélection exhaustive et réellement comparative est impossible à cette heure pour un site comportant 150 pavillons. On peut toutefois signaler quelques réussites: l’Autriche, par exemple, qui surprend avec une forêt reconstituée dans son cube, et qui dispense des informations précises sur les insectes ou la biomasse créées ainsi de toutes pièces. Un temps de dépaysement, d’évocation d’une richesse naturelle.

Comme souvent dans ces expositions, la Corée propose un parcours impeccable et esthétiquement léché, cette fois axé sur la conservation des aliments, leur fermentation, et la nécessité de les équilibrer dans les habitudes alimentaires. Moins évident de prime abord, le Sultanat d’Oman raconte les pratiques ancestrales d’irrigation et de partage de l’eau, et son parcours se révèle instructif.

La Chine se place aussi dans la perspective historique avant de conter la réunion familiale annuelle autour de la table. Presque hors-sujet mais joliment traité.

Les Suisses, eux, respectent le thème, puisque leur script repose sur le partage, ou non, des ressources. Leur pavillon a en outre le mérite de son ouverture: hormis l’accès aux silos à matières premières, le reste, dont un atelier chocolat qui paraît populaire, est en accès libre, sans canalisation des flux.

Pas toujours brillante dans ces exercices – à Shanghai, son pavillon était presque honteux –, la France offre un espace plutôt élégant, montrant ses terroirs et parlant de nouvelle agriculture dans une grande halle boisée, aux plafonds sertis de casseroles ou de boîtes de biscuits.

On dira deux déceptions, dont l’une datait d’avant l’ouverture: l’absence du Canada, toujours brillant dans cet exercice de culture de masse, mais dont le gouvernement a rayé la ligne budgétaire de sa participation pour cause d’économies. Quant aux Etats-Unis, ils tricotent une animation sympathique mais d’un simplisme navrant, à propos des cuisines américaines, de l’importance de consommer local, ou des mérites des petits producteurs. Un propos de base néanmoins cautionné par Barack Obama et son épouse, qui ont consacré 26 secondes de leur temps à un message vidéo d’introduction.