L’ex-policier qui embarrasse les services secrets

Arrêté à la demande du parquet genevois, un agent du SRC aurait agi de concert avec Dominique Giroud, un détective privé genevois et un hacker professionnel pour pirater les ordinateurs de deux journalistes de la RTS et du Temps.

Selon nos informations, cet agent – dont l’identité est connue de notre rédaction – est un officier traitant du SRC, autrement dit un agent de terrain. Ancien membre de la Brigade des investigations spéciales de la ­police genevoise, c’est lui qui avait, selon nos sources, recruté Claude Covassi en 2005, la «taupe» qui avait tenté d’infiltrer le Centre islamique de Genève pour le compte du ren­seignement suisse. Le policier aurait intégré le SRC dans la foulée.

Père de famille, l’agent serait un ami de longue date de Dominique Giroud, dont il partagerait les convictions religieuses catholiques ­traditionnelles, affirme la RTS. Toujours selon la RTS, le SRC enquêtait depuis un mois sur son collaborateur, pour connaître «l’étendue de ses activités à l’extérieur du service», s’interrogeant sur les liens que son agent entretenait avec le détective privé genevois.

Le SRC ne commente pas cette information mais confirme avoir été informé de l’enquête ouverte contre un de ses collaborateurs et indique en avoir «informé le département et la Délégation des commissions de gestion». L’agent a été «suspendu, conformément à la procédure ordinaire, jusqu’aux conclusions de l’enquête du parquet genevois», indique le porte-parole du SRC, Felix Endrich. Qui précise que le SRC n’est mêlé «en aucune manière» à l’affaire Giroud.

Président de la Délégation des commissions de gestion, Paul Niederberger (PDC/NW) confirme de son côté avoir été informé jeudi de l’implication d’un agent du SRC dans cette affaire. «Nous allons examiner cette question dès la semaine prochaine au sein de la commission», annonce-t-il, se refusant à tout autre commentaire à ce stade.

En Valais, l’annonce de l’implication d’un agent du SRC sème le trouble. «Ce développement donne une tout autre ampleur à l’affaire, estime un avocat valaisan. Un agent du SRC a accès à des bases de données très pointues sur tout un chacun. C’est très grave. Il a pu transmettre à Dominique Giroud des informations sensibles sur des juges, des hommes politiques et j’en passe. Si un agent du SRC est passé de l’autre côté du miroir, ça aura des répercussions graves pour le canton, voire le pays.»