La soirée de concerts qui a réuni quelque 5000 fans de rock néonazi à Unterwasser, dans la commune de Wildhaus-Alt Sankt Johann (SG), a placé l’extrême droite suisse sous les projecteurs. A peine les fans de rock néonazi avaient-ils quitté la Suisse que le Parti nationaliste suisse (PNS ou PNOS pour Partei National Orientierter Schweizer en allemand), annonçait un autre concert, ce samedi. Motif de ce rassemblement: la création de cinq nouvelles sections en Suisse orientale. A la suite des rumeurs voulant qu’il aurait lieu à nouveau à Saint-Gall, dans le village de Rapperswil-Jona (SG), la police cantonale a d’ores et déjà annoncé qu’elle «encadrera» l’événement. Sur son site, le PNS opte pour la provocation et se réjouit de cette soudaine «publicité».

Né en 2000 dans la foulée d’une manifestation qui avait regroupé quelques centaines de néonazis sur la prairie du Grütli le 1er Août, le PNS gravite aujourd’hui autour de deux présidents, l’Argovien Dominic Lüthard et le Vaudois Philippe Brennenstuhl en Suisse romande. Le premier a déjà été condamné une fois par le passé pour trouble à l’ordre public et lésions corporelles. Plusieurs autres membres ont eu affaire à la justice pour des rixes, émeutes ou pour violation de la norme antiraciste. Clairement identifié au mouvement skinhead à ses débuts, le parti a par la suite tenté de s’en distancier pour se donner un visage plus acceptable.

Le PNS est parvenu à entrer dans l’arène politique à deux reprises: en 2004, Tobias Hirschi est élu au parlement de Langenthal (BE), qu’il quittera en 2011. L’année suivante, Dominic Bannholzer entre à l’exécutif de Günsberg (SO), où il restera trois ans. Dominic Lüthard, de son côté, s’est présenté à deux reprises au parlement cantonal de Berne avec un autre membre du PNOS, récoltant 2% de voix.

«Situation calme» dans les milieux extrémistes

Pour se faire une idée plus précise de la capacité de mobilisation des extrémistes de droite, il faut se tourner vers les rassemblements du Grütli que le PNS a pris pour habitude d’organiser le 1er août, jour de la fête nationale, en dépit de l’interdiction des rassemblements politiques sur la plaine. De quelque 400 en 2005, ils n’étaient plus que quelques dizaines ces dernières années.

«Beaucoup de nos membres ne veulent plus se montrer en public, car ils sont filmés et surveillés», explique Philippe Brennenstuhl. Le responsable romand du Parti nationaliste suisse refuse de divulguer le nombre d’adhérents romands à son parti. Mais, lors des élections fédérales de 2015, le PNS a présenté quatre candidats dans le canton de Vaud, récoltant près de 15 000 voix (0,46%).

D’après son président alémanique, le PNS compte 400 membres. Surévalué, d’après l’expert en radicalisations Samuel Althof, qui estime son noyau dur à 50, 100 personnes tout au plus. «C’est un groupuscule insignifiant que l’on ne peut même pas appeler parti. L’événement d’Unterwasser était international, il n’est pas représentatif de l’extrême droite en Suisse.» Les nationalistes de Suisse se partagent la scène avec un autre parti, le Direktdemokratische Partei Schweiz (DPS, Parti démocratique de Suisse) d’Ignaz Bearth, après que ce dernier a rompu avec le PNS. Ce dernier a longtemps nourri le vœu de reproduire le succès du mouvement anti-islam Pegida en Suisse, en vain.

Jusqu’à ce qu’il se fasse jeter du mouvement allemand. «Les groupes d’extrême droite se font et se défont sans cesse», souligne Samuel Althof. Le système politique, en Suisse, ne lui est pas favorable, explique encore le Bâlois. Sur leurs thèmes de prédilection, l’immigration et l’islam, l’UDC occupe le terrain. Et il existe des outils politiques pour s’opposer aux partis établis.

Selon le dernier rapport du Service de renseignement de la Confédération de 2015, «la situation est calme» dans les milieux extrémistes de droite comme de gauche, même si «le potentiel de violence persiste». Les autorités dénombrent 28 «incidents violents» liés à l’extrême droite en 2015, par exemple l’attaque d’un centre pour requérants à Oberembrach (ZH). «Les efforts de l’extrême droite violente pour se rassembler sont restés lettre morte jusqu’à présent», indique le rapport. 


Concerts. Connexions néonazies entre la Suisse et l’Allemagne

A 30 euros l’entrée pour 5000 visiteurs, la soirée Rocktoberfest samedi dans le Toggenburg (SG) aurait rapporté entre 150 000 et 200 000 euros à ses organisateurs. Selon la Wochenzeitung, cette somme a été virée sur le compte d’un habitant de Saalfeld (D) lié à un réseau néonazi actif dans le Land de Thuringe. En février 2014, une vingtaine de néonazis encagoulés avaient attaqué la fête d’une société locale, faisant une dizaine de blessés. Quinze d’entre eux ont comparu devant la justice de Thuringe pour lésions corporelles graves. La Rocktoberfest servirait à financer les frais de justice de ce procès et à assurer l’avenir de la communauté d’extrême droite, estime l’hebdomadaire de gauche alémanique.

Les connexions suisses des néonazis de Thuringe mènent à Rüti, dans l’Oberland zurichois. C’est de ce village que vient Kevin G., le chanteur du groupe Amok, qui s’est produit samedi dernier à Unterwasser. L’homme a déjà été condamné à plusieurs reprises. En 2015, il s’en était pris à un juif dans la rue, en criant «Heil Hitler». Antifa Berne le considère comme le responsable de la section zurichoise du groupe Blood & Honour, un réseau international de suprémacistes blancs spécialisé dans l’organisation de concerts. Celui qui a réclamé l’autorisation pour la Rocktoberfest auprès de la commune de Wildhaus-Alt Sankt Johann, à laquelle appartient Unterwasser, vit lui aussi à Rüti. Matthias M., 29 ans, originaire de Thuringe, possède un studio de tatouage à Rapperswil-Jona, dans le canton de Saint-Gall. En mai 2014, il montrait sa solidarité avec les «jeunes de Ballstädt» (en Thuringe) sur sa page Facebook. Mais d’après le site d’Antifa Berne, la tête pensante de tout ce petit groupe est Steffen Richter de Saalfeld (D), lui-même lié à Ralf Wohlleben, membre du Nationalsozialistischen Untergrund, soupçonné d’être impliqué dans une série de meurtres de neuf migrants en Allemagne.

(Céline Zünd)