«Je suis l’illustre inconnue de cette élection», a déclaré en plaisantant Anaïs Timofte, la vice-présidente du POP vaudois, alors qu’elle se présentait lundi aux médias. La jeune femme de 27 ans a été choisie par le parti de l’extrême gauche comme candidate au Conseil d’Etat. Bien qu’appartenant à Ensemble à gauche (EàG), qui a lancé le 6 décembre son candidat, l’avocat de 67 ans Jean-Michel Dolivo, le POP a décidé de faire liste séparée pour tenter de ravir le siège laissé vacant par le socialiste Pierre-Yves Maillard, récemment élu à la tête de l’Union syndicale suisse (USS).

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Or le parti ouvrier partage de nombreux points de campagne avec la coalition d’extrême gauche: salaire minimum cantonal de 4500 francs, gratuité des transports publics, égalité salariale, lutte contre la hausse des coûts de la santé. «Ce n’est pas normal qu’une personne qui gagne 4000 francs paie la même prime que quelqu’un qui en gagne 40 000. Il faut un système plus solidaire», martèle Anaïs Timofte en porte-voix des milieux populaires et des travailleurs. Elle déplore des mesures «trop molles» prises jusqu’ici.

«Dépoussiérer les codes»

Sans entièrement contester disposer d’un programme similaire à EàG, le POP rappelle qu’il a toujours eu des sensibilités différentes. Quid du risque de perdre des voix en ne s’alliant pas à la coalition d’EàG? Anaïs Timofte rétorque: «Je pense qu’il est positif de montrer la diversité de la gauche, de donner le choix aux Vaudois et de rester fidèle à notre identité.»

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La jeune femme dit ne pas du tout se retrouver dans la personne de Jean-Michel Dolivo. Peu expérimentée en politique et issue d’un milieu modeste, elle se veut comme «la candidate qui secoue les codes», à l’opposé des politiciens aux carrières classiques.

Trimer dans un pays riche

«C’est ma situation qui m’a poussée à m’engager en politique», a expliqué Anaïs Timofte, qui a intégré le POP il y a un an. A 14 ans, elle enchaîne les petits boulots dans la manutention et la vente avant de tomber enceinte à 20 ans. La jeune femme entame des études sur le tard tout en travaillant à 70% en parallèle.

«Avec mon conjoint, nous travaillions à plein temps pour subvenir aux charges qui pèsent sur un ménage modeste. Je sais ce que c’est que d’avoir de la peine à joindre les deux bouts, même en bossant dur, alors qu’on vit dans un des pays les plus prospères», a ajouté la candidate «du pouvoir d’achat», désormais séparée de son compagnon.

L’élection complémentaire pour la succession de Pierre-Yves Maillard se tiendra le 17 mars 2019. Le PS a lancé la conseillère nationale Rebecca Ruiz. Du côté de la droite, le député UDC Philippe Jobin a signalé son intérêt. Les partis ont jusqu’au 28 janvier pour déposer leurs listes.