Manque de neige

A Leysin, on ouvre quand même

Il suffisait de regarder les webcams pour en avoir le cœur net. Ou de lever le nez. Le vert règne encore en maître sur les flancs de montagne. Pourtant, certaines stations annonçaient poursuivre l’ouverture des pistes de leur domaine. C’était le cas de Leysin. Lundi, nous sommes donc montés au sommet de la Berneuse pour sentir venir l’hiver

Il a poussé le volume au maximum et danse en rythme sur les arpèges de guitare que crachent les haut-parleurs de sa cabane. Lunettes de soleil et polaire, l’employé du sommet du télésiège tente de s’habituer au froid. Il fait -7°C. Il fait partie de la vingtaine d’employés de TéléLeysin à pouvoir travailler et dit avoir été choisi pour son enthousiasme. «Les clients, ils aiment ma motivation» souligne-t-il. Des clients? Il y en a. Heureux de pouvoir mettre les lattes, ils parcourent en boucle la seule piste ouverte de Leysin: Aï-Berneuse, 149 mètres de dénivelé. Neige dure à la descente (mais neige quand même), vent froid sur le siège à la montée et salutation chaleureuse du perchiste à l’arrivée au sommet. Voilà déjà quatre week-ends que la saison a débuté à Leysin. Ce lundi 19 décembre est le premier jour de semaine ouvert sur le domaine. Au pied de la tour d’Aï, les pentes sont saupoudrées d’une fine couche tombée durant la nuit. Des langues de neige évoquent les chutes de novembre et le ciel gris laisse espérer la venue, un jour, d’une dépression. Sur les quinze installations existantes, trois ont été ouvertes. Trois jours plus tard à l’approche de Noël, trois autres installations ont encore pu être démarrées. Mais seules une piste et la moitié d’une autre sont skiables.

Depuis 3 ans, le même problème

Ouverture au compte-gouttes, travail du manteau neigeux et casse-tête marketing, depuis trois ans la météo capricieuse du début de saison instaure une situation délicate à laquelle la station vaudoise tente de s’habituer. Contacté au téléphone, Jean-Marc Udriot, syndic de Leysin et directeur des remontées mécaniques Télé Leysin-Col des Mosses-La Lécherette expose ses priorités: «Nous pensons avant tout aux clients qui ont acheté un abonnement et mettons tout en œuvre pour qu’ils puissent en profiter. C’est donc de notre devoir d’ouvrir les installations dès les premières neiges.»
Le travail fut ardu. Toutes les nuits, depuis les chutes de novembre, les ratracks ont dû ramener la neige de l’ensemble de la pente sur la piste «Aï-Berneuse» orientée au nord. Quant aux canons à neige, les températures trop clémentes de ces dernières semaines les ont rendus inutilisables. Ce n’est que durant la nuit de dimanche à lundi, la bise aidant, qu’ils ont pu cracher un renfort de neige artificielle et permettre ainsi l’ouverture de la piste de Chaux-Monts jusqu’à la station intermédiaire en fin de semaine.

Alternatives au ski

Bien conscientes que cela ne suffira pas à combler la clientèle de Noël, les remontées mécaniques de Leysin se sont alliées avec l’office du tourisme, les deux centres sportifs ainsi que les hébergeurs de la station et l’école suisse de ski de Leysin afin de proposer un assortiment d’animations en guise d’ersatz au ski. Jean-Marc Udriot et ses partenaires comptent sur la diversification des pratiques en montagne et proposent aux visiteurs de découvrir des activités encore tapies dans l’ombre du ski en hiver: curling, tobboganing sur surface synthétique, raquette à neige ou encore patin à glace sur lac gelé avec vin chaud et raclette à la clé. De quoi remonter le moral des vacanciers et proposer l’usage des remontées mécaniques à d’autres desseins. «Bien que chaque début de saison, la météo soit source de questionnements et d’inquiétudes, il faut rester positif. Et on a encore de la chance cette année, car il fait beau!», souffle le directeur des remontées, qui en attendant que la liaison avec Les Mosses soit ouverte propose une carte journalière à moitié prix.
Au village, les bruits courent. Il se dit que la neige tombera le 10 janvier. Au fond, c’est juste le temps nécessaire pour apprendre à faire un double Lutz sur le lac gelé de la tour d’Aï.

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