«En conscience, je reste convaincu d'avoir mené les affaires dans un contexte certes différent d'aujourd'hui, mais dans un cadre légal. Je reste persuadé que la Banque Cantonale du Valais et le contribuable n'auraient pas perdu un franc si l'ensemble de cette affaire n'avait pas été politisé à outrance. Je me considère aujourd'hui comme un condamné politique et c'est pour cette raison que je passerai mon temps au purgatoire sereinement.»

Le «condamné politique» qui entre aujourd'hui au pénitencier de Crêtelongue n'est pas n'importe qui. Le financier Jean Dorsaz a été le personnage principal d'un long feuilleton politico-bancaire qui s'est étendu de 1987 à l'an 2000. Profitant de sa position de représentant de la BCVs à Fully, il avait mené d'importantes affaires immobilières avant de sombrer dans le retour de conjoncture du début des années 90. Jugé en première instance au printemps 1998, en même temps que l'ancienne direction et quelques partenaires d'affaires – condamnés plus légèrement –, il avait écopé de huit ans, au premier chef pour escroquerie. En 1999, une cour du Tribunal cantonal avait réduit sa peine à six ans. Enfin, l'année dernière, après un recours au Tribunal fédéral, il n'en restait plus que quatre et demi.

Quatorze ans plus tard donc, le glaive de la justice tombe sur le principal accusé. Il paie le prix de la spéculation des années 80 et une façon pas toujours orthodoxe de gérer l'argent de la banque. Aujourd'hui, il jette un dernier regard d'homme libre sur la débâcle d'une autre banque cantonale, celle de Genève: «Je constate que l'on retrouve la même personne que dans le cas de la BCVs, soit un réviseur de la fiduciaire Atag, inculpé pour falsification de bilan. Je ne suis pas surpris de ce qui arrive à Genève: comme il l'a fait en Valais avec Hans Wyer, il a utilisé là des méthodes similaires.»

Mais qu'importe le sort du réviseur, après avoir essayé toutes les voies de recours administratives, Jean Dorsaz savait ces derniers temps qu'il ne pourrait plus repousser l'échéance inéluctable de la prison. «Je suis à 100% prêt», expliquait-il ces derniers jours. Mais à 60 ans, après avoir mené une vie hyperactive, le financier de Fully ne peut cacher que sa séparation d'avec sa famille et ses proches lui est douloureuse, même s'il la laisse transparaître le moins possible.

Convaincu

Convaincu «en conscience» d'avoir agi correctement, il n'a pas baissé les bras, depuis trois ans, pour faire valoir ses droits. Il a déposé en 1998 une plainte pénale contre la BCVs: «Pour deux raisons, dit-il. La première concerne la disparition des listes journalières, mensuelles ou trimestrielles des dépassements. Ma plainte dénonce la suppression de titres et l'entrave à l'action pénale. L'intérêt de ces documents aurait été de démontrer qu'au jour le jour la banque connaissait ma situation. La seconde concerne la dilapidation des biens dans le contexte de ma faillite. On a dit que j'avais causé des préjudices de l'ordre de dizaines de millions de francs, alors qu'ensuite les biens ont été bradés dans des procédures de ventes forcées. J'estime à 130 millions l'argent ainsi perdu. Je suis aujourd'hui convaincu que la banque m'a mis en faillite pour des raisons politiques, afin de «calmer les esprits.»

Sur un autre plan, Jean Dorsaz a déposé trois requêtes à la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg: «Sur le fond, je conteste la manière dont j'ai été jugé et le manque d'impartialité des juges. J'ai fait analyser mon dossier par un bureau d'avocats extérieur. Plusieurs affaires similaires à la mienne et concernant des ressortissants européens ont déjà été jugées par cette cour et, globalement, les requérants ont obtenu gain de cause contre l'Etat incriminé.»

Dans la foulée, et sans attendre le résultat de Strasbourg, Jean Dorsaz travaille à la révision de son procès. Ce sera d'ailleurs une de ses occupations durant sa période de détention: «En tant que condamné politique, j'aurai davantage de force pour m'adapter, et cela me permettra d'avoir plus de temps pour préparer ma réhabilitation.»

Pour l'instant, il s'agit toutefois d'entrer au pénitencier comme n'importe qui et de négocier des conditions de détention qui lui permettraient de continuer à travailler. Car malgré tout, les affaires ne doivent pas s'arrêter. S'il bénéficie de la conditionnelle, il pourrait se retrouver libre dans trois ans. Soit à deux ans de la retraite. Comme pour tout condamné, une parenthèse s'ouvre. Il n'a qu'un souci, la refermer le plus vite possible.