Santé

L’heure de l’heure d’été a-t-elle sonné?

Les partisans de l’initiative pour l’abolition du changement d’heure préconisent, comme la plupart des médecins, de rester à l’heure d’hiver, plus en harmonie avec les rythmes biologiques

Après avoir annoncé le lancement d’une initiative populaire visant à abolir le changement d’heure en Suisse, les porteurs du projet, la conseillère nationale Yvette Estermann (UDC/LU) et le paysan grison Armin Capaul ont fait savoir leur nette préférence pour l’heure d’hiver, samedi 13 avril à Interlaken.

Car il ne suffit pas de ne plus trafiquer les aiguilles des horloges pour régler le problème: encore faut-il se décider quant à l’heure sur laquelle les régler. «Nous fonctionnons d’après la lumière et l’obscurité. Notre système hormonal est déterminé ainsi. On ne peut pas tout simplement modifier notre horloge intérieure et cette habitude millénaire sans qu’apparaissent des problèmes de santé», plaide Yvette Estermann dans une vidéo publiée sur le site du Nouvelliste.

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«Activiste» de l’heure normale, la conseillère rappelle que l’utilisation des termes «heure d’été» et «heure d’hiver» est connotée. L’heure d’été est associée au soleil, à la piscine, à la chaleur ou aux vacances, tandis que l’heure normale, celle de l’hiver, est plutôt liée à des termes négatifs comme le froid, la neige ou l’obscurité. Elle s’appuie notamment sur la communauté scientifique et médicale, pour qui l’heure d’été est un non-sens d’un point de vue biologique. Surtout pour les enfants et les personnes âgées, qui voient leurs rythmes circadiens détraqués lors du passage à l’heure d’été.

Par ailleurs, «le manque de sommeil peut provoquer une chute de l’attention, occasionner de la somnolence, de la nervosité ou dégrader l’humeur», a expliqué à L’Obs Véronique Fabre, chercheuse spécialiste du sommeil à l’Institut national français pour la recherche médicale. Ces minutes de sommeil en moins peuvent paraître anecdotiques, mais elles creusent encore le manque chronique de repos, un mal moderne qui inquiète de plus en plus les médecins, surtout dans les pays occidentaux. Différentes études font par exemple état d’une hausse des infarctus du myocarde ou des crises cardiaques après le passage à l’heure d’été. Or c’est un fait indiscutable: le corps humain est biologiquement réglé pour se synchroniser au soleil.

En Suisse, l’heure d’été correspond à plus de deux heures d’avance sur l’heure solaire. Mais les griefs ne concernent pas que la santé: les agriculteurs aussi en souffrent. Pour Armin Capaul, connu pour son initiative – refusée par le peuple – qui visait l’an passé à protéger les cornes des vaches, les changements d’heure détraquent l’activité paysanne. «Le soleil est à son zénith à midi et demie, dit-il dans la même vidéo. Avec le changement d’heure, c’est à 13h30. Dans une ferme, ça ne va pas. Nous ne pouvons pas faire les foins si le pré est dans l’ombre ou qu’il y a encore de la rosée.»

Alors, enterrée, l’heure d’été? C’est peut-être compter sans les lobbies de la restauration, qui misent sur les longues soirées ensoleillées pour garder leurs terrasses bien remplies. Ou sur les pays d’Europe situés plus à l’est, pour qui le soleil se couche encore plus tôt que dans nos contrées. En Suisse, il ne fait que peu de doutes que l’on se réglera sur l’heure des pays limitrophes. Mais l’Europe deviendra-t-elle un patchwork de fuseaux horaires? A la bonne heure…

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