Elections cantonales

L’heure de l’UDC sonne à Fribourg

Soutenu par une alliance des partis de droite, Stéphane Peiry a de bonnes chances d’accéder au gouvernement fribourgeois. Son profil d’expert-comptable fait de lui un candidat politiquement acceptable pour le PDC et le PLR

Cheveux grisonnants taillés en brosse, lunettes avec branches métalliques, costard cravate classique: personne ne ressemble davantage à un expert-comptable que Stéphane Peiry. Sauf que l’homme a d’autres ambitions. Candidat UDC à l’élection au Conseil d’Etat fribourgeois, il a de bonnes chances d’être élu cet automne. Le premier tour a lieu le 6 novembre. Mais son parti devra probablement attendre le verdict du second tour, prévu le 27 novembre.

Vingt ans que l’UDC n’est pas représentée à l’Exécutif, alors qu’elle ne cesse de progresser dans le canton de Fribourg. En 2011, elle a raflé 21 sièges sur 110 au Grand Conseil mais a échoué à placer un des siens au Conseil d’Etat. L’an dernier, l’UDC est devenu le premier parti fribourgeois à l’issue des élections nationales, devant le PS et le PDC. Par contre, son conseiller national Jean-François Rime a subi une débâcle en s’invitant pour le second tour au Conseil des Etats. Difficile, pour l’UDC, de l’emporter dans un scrutin majoritaire. Aujourd’hui, si elle est confiante à la veille d’une nouvelle échéance, c’est qu’elle a enfin pu conclure une alliance avec le PDC et le PLR. «Ensemble, faisons avancer Fribourg», lit-on sur l’affiche commune. Un slogan qu’aucune formation ne renierait. Et il faut se munir d’une loupe pour déceler les trois partis qui font cause commune.

La quête du candidat parfait

L’UDC fribourgeoise ne connaît pas les déchirements entre son aile agrarienne et urbaine, qui affaiblissent ses voisins vaudois. Bien que ses sections rurales s’y identifient encore, elle n’a plus grand-chose à voir avec l’ancien Parti des paysans, agriculteurs et indépendants (PAI) et suit la ligne nationale. En revanche, elle manque encore de personnalités politiques. Son président, Roland Mesot, l’admet: «A la fin des années 1990, nous n’avions que huit députés. Nous progressons électoralement mais ça prend du temps pour que nos élus arrivent à maturité», confie-t-il. Le candidat Stéphane Peiry, âgé de 46 ans, n’avait ainsi pas de concurrence interne pour figurer sur l’affiche.

Et ça tombe bien. Député au Grand Conseil, membre de la commission des finances et de gestion, patron de sa fiduciaire Peiry & Schibli, il est un UDC «politiquement correct» pour ses partenaires. Il est agrarien dans le sens où il vient d’une famille paysanne. Il est né et a grandi à Treyvaux, dans la campagne sarinoise. D’abord radical, il a changé de cap dans les années 1990, séduit par Christoph Blocher et son combat contre l’Espace économique européen. «L’UDC défend une politique libérale sur les questions économiques. Elle est conservatrice sur les questions de société et défend l’indépendance de la Suisse face à l’Union européenne. Cette ligne me convient mieux et je soutiens entièrement la politique menée par l’UDC suisse», dit-il, admettant avoir voté en faveur de l’initiative contre l’immigration de masse.

L’antithèse d’Oskar Freysinger

Mais Stéphane Peiry garde pour lui ses idées sur l’islam, la sécurité, l’immigration. Il faut dire que ce ne sont pas ses thèmes de prédilection. Soucieux de créer de nouveaux emplois et d’améliorer les conditions-cadres pour l’économie, le candidat se présente en homme de terrain, chef d’une petite entreprise. «Nous investissons dans la formation. C’est très bien mais il faut que les jeunes puissent ensuite exercer leur talent dans le canton», martèle-t-il depuis le début de la campagne. Et qu’importe la question, c’est le message qu’il veut faire passer.

Stéphane Peiry est l’antithèse du Valaisan Oskar Freysinger, pour l’instant seul conseiller d’Etat UDC en Suisse romande. Les deux hommes se sont côtoyés dans les instances nationales. Sans plus. «Je suis presque toujours d’accord avec lui et je me retrouve dans son combat contre l’islam radical. Mais nous ne nous sommes jamais parlé au téléphone et je n’ai pas son numéro de portable», précise-t-il. Et Stéphane Peiry se garde bien d’aborder des sujets qui pourraient crisper l’électorat et surtout les nouveaux alliés de droite. Une posture prudente et consensuelle que même son propre parti semble avoir adoptée.

L’UDC fribourgeoise a en effet aussi mis en sourdine ses refrains sur l’islam, l’immigration, la sécurité. Et elle se cache derrière la procédure judiciaire en cours pour éviter d’évoquer son opposition au Centre islam et société, inauguré il y a peu à l’Université de Fribourg. Roland Mesot assure cependant qu’il n’est pas question que le parti perde son identité. «Cette entente a un objectif purement stratégique, ce n’est pas une fusion, explique-t-il. En revanche, nous avons élaboré un programme politique commun pour cette élection et nous nous y tenons.»

Entente et mésentente

Mais tout ne va pas dans le meilleur des mondes au sein de cette nouvelle entente, née dans la douleur en raison des réticences du PDC à frayer avec l’UDC. Et leur union de circonstance pourrait tourner au vinaigre. Car si officiellement l’entente vise à gagner un siège au gouvernement en y plaçant Stéphane Peiry au détriment de la Verte Marie Garnier, de nombreux observateurs s’accordent à penser que le PDC pourrait être le grand perdant de cette opération. Son candidat Olivier Curty, vice-chancelier, semble en retrait dans cette campagne. Et son parti est sans cesse confronté au reproche de ne pas présenter une femme. «Comme à chaque élection, il y a des gagnants et des perdants. Nous avons conclu cette alliance pour renforcer la droite, mais au final les électeurs décideront», conclut Roland Mesot. Stéphane Peiry ne cherche pas à faire cet affront au parti historique du canton. «Je ne souhaite pas que notre alliance vole en éclat», assure-t-il. Ce qui reste à vérifier.

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