MÉDIAS

L’heure du sacre devrait bientôt sonner pour Gilles Marchand

Roger de Weck devrait quitter la direction de la SSR l’an prochain, à un an de l’âge de la retraite. Au profit de Gilles Marchand, actuel directeur de la RTS. Une nomination qui fortifierait l’institution devant la menace de l’initiative No Billag

Il cuit depuis des mois dans la marmite du conseil d’administration de la SSR une cuisine qui va faire parler d’elle. Avec le président Jean-Michel Cina, il a préparé la succession du directeur général Roger de Weck. Celui-ci se retirera des affaires en 2017, à un an de l’âge de la retraite, au profit du Romand Gilles Marchand, actuel directeur de la Radio Télévision suisse (RTS). C’est la «NZZ am Sonntag» qui l’affirme, se basant sur de nombreux témoignages au sein de l’institution. Officiellement, la nouvelle devrait être communiquée au plus tard à la fin de l’année. Mais c’est toutefois l’assemblée des délégués qui aura le dernier mot.

Contacté par «Le Temps», l’intéressé se refuse à confirmer sa future probable nomination. Mais il souligne: «Il est exact que le conseil d’administration de la SSR examine les questions liées à la succession du directeur général Roger de Weck, dans le cadre des processus habituels. En effet, le directeur général atteindra l’âge de la retraite en 2018. Pour le reste, je ne souhaite pas apporter d’autres commentaires.»

Il a fait ses preuves à la RTS

Heureusement que le journal alémanique en revanche s’y ose. Il a en effet sa petite idée sur les raisons de cette succession maison: à l’actif de Gilles Marchand, un pilotage de la RTS reconnu comme excellent, sa connaissance des nouveaux médias et une personnalité de bon communicateur. Impératif pour sauver la SSR de l’initiative No Billag, qui réclame l’abolition de la redevance et sur laquelle le peuple se prononcera en 2018, ou en 2019 si le parlement concocte un contre-projet.

Dans cette nouvelle tempête à venir, mieux vaut qu’un capitaine soit bien accroché à la barre, analyse la «NZZ am Sonntag». Autrement dit que Gilles Marchand soit déjà aux affaires, ou que Roger de Weck rempile pour plusieurs années. C’est le premier scénario qui est privilégié.

«Il faudrait ouvrir le débat»

Un point de vue qui irrite le PLR valaisan Philippe Nantermod, grand détracteur du mastodonte radio-télévisuel: «Ce n’est pas le rôle du conseil d’administration d’organiser sa vie dans le but de faire échouer No Billag! Le rôle de la SSR se résume à justifier son existence, au lieu de remettre en question son modèle, comme la musique, le cinéma ou le livre l’ont fait avant elle. Je crains que Gilles Marchand ne soit dans cette ligne ultraconservatrice. Ça me donne l’impression qu’on prend les mêmes et qu’on recommence.»

Une position que partage Jean-François Rime, président de l’Union suisse des arts et métiers (USAM) et conseiller national UDC fribourgeois, qui avait fait campagne contre l’adoption de la loi sur la radio et la télévision en 2015 et partisan de baisser la redevance: «Ce qui m’étonne, c’est que le candidat soit déjà choisi alors qu’on parle de 2017. S’agissant d’une entreprise publique, je pense qu’il faudrait ouvrir le débat. Même si je suis plutôt satisfait que le choix se porte sur un Romand.»

«Au taquet dans le domaine de l’innovation»

Pour le conseiller national PLR Fathi Derder, cette caractéristique n’est pas la première à soulever son enthousiasme: «C’est la meilleure nouvelle qui soit. Mais pas parce qu’il est romand.» Si le président de l’association Le Réseau se réjouit des affirmations de la presse alémanique, fustigeant le «SSR bashing» qui consiste à désigner les médias de service public comme un exemple patent de l’obésité de l’Etat, c’est parce qu’il a vu Gilles Marchand à l’œuvre.

C’était en août dernier, lors de la journée de l’innovation consacrée aux médias à l’EPFL et qui s’inscrit dans le cadre de la venue de la radio-TV romande sur le campus lausannois, à l’horizon 2020: «Gilles Marchand est au taquet dans le domaine de l’innovation numérique. Il ne fait pas de la résistance au changement et prouve qu’il peut réinventer le métier. Je dirais même qu’il le fait mieux qu’en Suisse alémanique, où les radios sont moins innovantes et vivantes qu’en Suisse romande.»

Un seul défaut: le niveau d’allemand

Si le PLR dit vrai, il n’y aurait pas une minute à perdre. Car à 54 ans et à la tête de la RTS depuis 2001, Gilles Marchand pourrait vouloir quitter le navire si aucune promotion ne se profilait, pronostique le journal alémanique. Lequel ne relève par ailleurs qu’un véritable défaut au Romand: son niveau d’allemand, qui serait plutôt médiocre.

Une carence qui n’apparaît toutefois pas rédhibitoire, puisqu’il prendra des cours afin de faire bonne figure à l’automne 2017, à l’heure de reprendre le flambeau. D’ici là, il devrait aussi étoffer son réseau en Suisse alémanique et au Tessin en rencontrant des décideurs. L’heure du sacre semble donc bien avoir sonné.

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