Un rapport disputé

L’expertise concernant le gérant de fortune condamné le 10 octobre dernier à une peine de 11 ans pour instigation à tentative d’assassinat a une histoire un peu particulière.

Dans un premier rapport, confié au Centre universitaire romand de médecine légale mais non supervisé, la doctoresse Thomazic pose un diagnostic de dépression sévère et conclut à une légère diminution de responsabilité en relation avec cet état.

L’évolution de l’enquête, les aveux du mari, et les témoignages attestant que ce dernier a mené une vie sociale très active durant la période où il fomentait le crime poussent le procureur Johan Droz à demander un complément au même expert. Cette fois-ci, l’exercice sera supervisé par le professeur Giannakopoulos, qui rencontre lui aussi le prévenu à la manière des experts vaudois.

Dans ce complément, le diagnostic de dépression sévère est maintenu et s’y ajoute un trouble de la personnalité narcissique. C’est ce trouble qui explique que le financier, dans des moments d’abattement, a pu faire comme si tout était normal et est parvenu à cacher sa tristesse à son entourage. La responsabilité est considérée comme très légèrement restreinte. Les experts sont longuement interrogés par les parties devant le procureur.

La défense, représentée par Mes Jacques Barillon et Yaël Hayat, satisfaite d’un rapport qui dépeint le sentiment d’impasse vécu par le prévenu, ne demande pas la comparution des experts aux procès. Le procureur et la partie plaignante, conseillée par Mes Marc Bonnant et Pierre-Damien Eggly, qui vont contester les conclusions, ne les sollicitent pas davantage. Et le tribunal, qui aurait lui-même pu citer l’expert ou même ordonner une contre-expertise, décide aussi de s’en passer pour finalement écarter le rapport.