Ce début de XXIe siècle n'est guère favorable aux fumeurs. La cigarette est peu à peu bannie de l'espace public, forçant les accros de la nicotine à se retrouver sur les trottoirs pour assouvir leur vice. Ces flux répétés ont entraîné une nouvelle forme de sociabilité. Les gens se parlent, des amitiés se créent, des idylles se nouent. Un mot a d'ailleurs été créé pour décrire le phénomène: le «smirting», contraction de «smoking» et de «flirting».

En ville de Neuchâtel, le «smirting» a de beaux jours devant lui. Après la gare CFF et plusieurs cafés et restaurants, l'administration cantonale a interdit la cigarette dans ses murs depuis le 1er octobre. L'administration du chef-lieu fera de même dès le 1er janvier. Les Neuchâtelois se prononceront en 2008 sur une initiative cantonale contre la fumée passive.

Pour torailler au chaud, il reste quelques havres de paix. Parmi eux, un endroit incongru: le Nouvel Hôpital de Pourtalès (NHP), inauguré en 2005. Sa cafétéria, installée dans le hall d'entrée monumental, accueille les fumeurs avec bienveillance. Problème: elle n'offre aucune séparation et le système de ventilation fonctionne en circuit fermé. De quoi offrir une bonne bouffée de fumée passive à tous les visiteurs de l'hôpital.

Ces derniers mois, des patients et des médecins se sont plaints de cette situation abracadabrante. Seule avancée jusqu'ici: l'écriteau «zone non-fumeurs» qui trônait à l'entrée du bâtiment a été retiré. «Au moins, on ne fait plus de publicité mensongère», ironise un soignant.

Les conditions ne sont pas plus favorables dans la cafétéria du personnel, située au cinquième étage. Les non-fumeurs doivent traverser des volutes de fumée pour rejoindre leur espace réservé, au fond de la pièce. Là non plus, aucune cloison n'a été installée.

A l'heure du «smirting», un tel laxisme interpelle. Dans les couloirs du NHP, certains évoquent «l'effet Philipp Morris», plus gros contribuable du chef-lieu. D'autres mettent en avant «les soucis» causés par une réorganisation hospitalière cantonale qui accapare toutes les énergies.

Lassée par les volutes et les sarcasmes, la direction a décidé d'agir. Elle a mandaté un groupe de travail afin d'aller «vers un hôpital sans fumée». Ses propositions sont attendues en février prochain. Avec une vraie difficulté: trouver un endroit pour que les malades qui le souhaitent puissent fumer sans être contraints de sortir de l'hôpital en tenue légère. Question d'image.