Devant la justice

Svetlana, c’est ainsi qu’elle se prénomme, a observé pas très longtemps mais intensément la relation qui liait Edouard Stern à Cécile B. Avec naturel et simplicité, parfois même avec humour, cette jeune et charmante Russe a raconté sa participation aux ébats particuliers du couple, les colères du banquier, les pleurs de sa maîtresse, les ruptures et les réconciliations. Ce que d’autres qualifieront de véritable jeu du chat et de la souris. «C’était trop bizarre.»

Témoignages croisés

C’est en 2003, à l’occasion d’une exposition – une constante dans ce dossier – que Svetlana a rencontré l’accusée. Elle lui a paru d’emblée très amoureuse d’Edouard Stern et peu intéressée par l’argent. Cécile B. ne portait pas d’habits de marque, ni de bijoux de valeur. «Les seuls cadeaux reçus du banquier étaient une modeste montre, un pull avec le prix encore accroché dessus et la peau d’un ours qu’il avait tué.» Le caractère particulièrement économe d’Edouard Stern sera d’ailleurs relevé tout au long de cette journée assez dure pour sa mémoire.

Les nuits à trois

Cette passion pour son amant amènera Cécile B. à insister auprès de Svetlana pour que cette dernière passe la nuit avec le couple. La première fois, les choses ne se passent pas très bien. Edouard Stern prend un bain puis demande à la jeune femme de lui passer une ceinture autour du cou et de tirer. Il insiste pour faire des photos. Elle éclate finalement en sanglots lorsque son hôte se montre un peu trop pressé et quitte l’appartement. Cela ne l’empêchera pas de remettre ça quelque temps plus tard pour soulager son amie. Cette fois-ci, Edouard Stern les voulait en tenue d’écolières. Petites jupes et socquettes. Après avoir fini, il s’est mis à parcourir un magazine sur les personnes les plus riches au monde. «Il avait l’air déçu de ne pas être dedans.»

Sa lecture achevée, il est revenu à la charge et l’accusée a dû enfiler un pantalon de chasseresse et une ceinture avec un simulacre. «Il me faisait l’amour et elle faisait la même chose avec lui. Après Cécile était au bord de l’hystérie. Elle ne comprenait pas pourquoi il ne l’avait même pas prise dans ses bras alors qu’elle lui avait offert cette soirée», se rappelle Svetlana.

Cette dernière a assisté à d’autres scènes étranges. Comme cette nuit où elles ont dû se serrer dans le coupé sport de deux places du banquier avant d’être abandonnées dans une station-essence sur l’autoroute sous prétexte qu’il n’avait pas d’argent pour faire le plein et continuer sa route. C’est le compagnon chiropraticien de Cécile B., éternelle bonne pâte, qui est venu les chercher. «En Smart», précisera-t-elle.

Les coléoptères

Un autre ami de l’accusée, 76 ans, amateur de littérature et de poésie, a également assisté, malgré lui cette fois, à ce qu’il compare «à l’accouplement de deux coléoptères». C’était un soir, au bord de sa piscine. Voyant ses invités sortir une cagoule d’un sac et entretenir des rapports sur un canapé, il est allé faire quelques longueurs. «Ils ont remis ça une deuxième fois et Edouard a dit à Cécile d’aller s’occuper de moi. Ce que je ne voulais pas et qu’elle a d’ailleurs refusé. Elle était en larmes.»

Ce témoin affirme que l’accusée était une jeune femme gaie avant sa rencontre avec ce banquier qui la fascinait. Elle en était «psychodépendante», dira-t-il encore. «Lui était un homme brillant qui pouvait aussi se montrer brutal. Il avait des propos parfois humiliants à l’égard de Cécile.» Cette descente aux enfers a également été décrite par Albert, le galeriste parisien chez qui le couple a fait connaissance. «Je n’ai jamais vu une femme aussi dévastée. Elle m’obligeait à lui lire les lettres d’Edouard, me parlait de cette pression qui l’empêchait de respirer. Lorsqu’elle s’éloignait de lui, il la poursuivait sans cesse et m’appelait pour me demander où elle est. C’était infernal, même pour moi. Il y avait quelque chose de pas normal dans ce comportement.» Etrange, le banquier? Une autre amie, présente au domicile de Montreux lorsque ce dernier était venu épier Cécile, le pense sans détour. «J’étais étonnée qu’un homme de l’envergure d’Edouard Stern passe trois heures sur une voie ferrée avec des jumelles à nous observer.» Ce à quoi l’avocat de la partie civile, Me Marc Bonnant, a rétorqué: «Vous ne connaissez peut-être pas grand-chose à la psychologie des hommes amoureux.»

Le voisin de Cécile à Nanteuil, un artisan maçon au langage simple, qui avait pour habitude de l’aider à rénover sa maison en ruine, n’a, lui non plus, pas compris grand-chose à cette passion. «Ils ont perdu les pédales tous les deux. Tout le monde a vu cette escalade mais personne n’a bougé.» Et lorsque la présidente Alessandra Cambi Favre-Bulle lui demande ce qu’il a fait lorsque Edouard Stern arrivait en grande colère, l’homme répond: «Il nous écrasait du regard. Il était très difficile de lui résister.»

Les vaines promesses

Pour le septuagénaire, amateur de natation, cet amour s’apparentait davantage à un désir de possession. «Edouard Stern voulait que Cécile quitte Xavier – son protecteur chiropraticien qui l’entretenait – pour la mettre dans une cage.» C’est ainsi, ajoute-t-il, que serait née l’idée du versement du million de dollars. «C’était la clé de cette cage» pour le cas où les choses tourneraient mal. L’assurance d’une indépendance financière mais aussi une preuve d’amour de la part d’un homme qui aurait beaucoup de mal à se défaire d’une somme pareille. Mais, «le chat a voulu continuer avec la souris», analyse-t-il. Et lorsque le riche amant a fait bloquer le million finalement versé, «elle s’est sentie trompée».

Même le frère du mari de la sœur d’Edouard Stern ne dit pas vraiment autre chose sur cette relation «dont il avait eu sa dose». C’est lui qui avait aidé le banquier à écrire cette lettre où il promettait mariage et million à Cécile pour «voir l’avenir avec de la lumière dans les yeux et dans le cœur». Lorsqu’il a voulu récupérer ses sous, ce proche lui a fait remarquer qu’il avait tort car il s’était engagé. Cécile aussi avait écrit qu’elle restituerait cet argent car «seul le sens de ce geste avait pour elle une valeur immense». Elle ne l’a pas fait non plus.