«Si la France ne nous donne pas le fédéralisme, on ira le chercher en Suisse où une bonne soupe chaude nous attend.» Dans son appartement cossu du quai Wilson, Jean-Philippe Allenbach, président du Mouvement Franche-Comté, offre le champagne. A ses côtés, Patrice Abeille, président de «Savoie Europe Liberté». Les deux Français sont entrés en guerre depuis belle lurette contre le centralisme de leur pays. Ils disent vouloir rendre le pouvoir aux régions, parlent d'émancipation, d'autonomie, voire de sécession.

En ce jour de Jeûne genevois, ils célèbrent une alliance politique qui prévoit une série d'actions «résolues et audacieuses contre le pouvoir central le plus autocratique et le plus jacobin que la France ait connu depuis cinquante ans». Il ne s'agit pas de poser des bombes comme en Corse. Non, il est question de rattacher la Franche-Comté et la Savoie à la Suisse. Rien que cela. «Et les Suisses sont d'accord!» exulte Jean-Philippe Allenbach, en dévoilant les résultats d'un sondage réalisé à sa demande fin août par le très sérieux institut lausannois Link. «Parmi les 509 Suisses romands et alémaniques interrogés, détaille-t-il, 43,7% sont favorables contre 37,5% défavorables à ce que la Franche-Comté et la Savoie deviennent demain des cantons suisses, avec pour la Suisse romande un taux très élevé de 55,9% de favorables contre 28,4% de défavorables.»

Ces chiffres sont encourageants, se réjouissent les deux régionalistes, qui soulignent que de part et d'autre de la frontière on partage les mêmes valeurs mais pas le même niveau de vie. «2,9% de chômage dans le Jura suisse, 6,5% dans le Jura français, le café et les spaghettis deux fois plus chers chez nous, on vivrait mieux si on était de l'autre côté», insiste Jean-Philippe Allenbach. Quand il parle des relations de sa région avec Paris, il confie qu'il existe «comme des problèmes de couple», «que la valise est dans le couloir» et «qu'on va donc aller voir ailleurs».

Mais qu'en pensent les Francs-Comtois et les Savoyards? Pas de sondage chez eux «car cela coûte trop cher et Paris met des bâtons dans les roues pour l'autoriser». Une indication cependant: Jean-Philippe Allenbach, candidat à l'élection présidentielle française de 2007, a été exclu de la course faute d'avoir obtenu les 500 parrainages d'élus nécessaires. Une autre dans la bouche d'un Savoyard: «Le mont Blanc et le reblochon chez les Suisses, jamais!»