Considérées comme le passage le plus rapide entre la France et la Suisse au Moyen Âge, elles sont devenues espoir de salut pour les réfugiés qui fuyaient l'un ou l'autre pays, puis l'atout le plus efficace des contrebandiers: les Echelles de la mort. Leur nom même en dit long. Un peu branlantes et assises sur sol français au pied du Doubs, elles permettent d'enjamber une falaise de 150 mètres de haut. En bas, juste la rivière à traverser et on arrive en Suisse, au Cerneux-Godat, sur la commune jurassienne des Bois. Dans une vallée du Doubs riche chargée de l'histoire des gens qui passaient la frontière, les Echelles de la mort, au nombre de trois et initialement en bois, ont été reconstruites en métal en 1898. Leur entretien était devenu trop coûteux et les accidents innombrables.

«Il y a 300 ans, les taxes introduites en France sur les marchandises engendrèrent une contrebande vers la Suisse du tabac, de l'alcool, des jeux de cartes, du sel, du sucre ou des allumettes», relate François Boinet, président de la section des Sentiers du Doubs, qui organise des manifestations du centenaire. Au pied de l'échelle, se trouvait anciennement un moulin: le Moulin de la mort. Le meunier s'occupait de faire traverser le Doubs aux gens de passage. On raconte que nombreux furent ceux qui, un peu fortunés, n'arrivèrent jamais à destination, comme le comte de La Roche. Ironie du sort: son propre fils deviendra chef des contrebandiers. «En haut des échelles, assure François Boinet, suivant l'ensoleillement on peut voir encore aujourd'hui se dessiner sur le rocher le visage du comte de La Roche qui regarde en direction du Moulin», Les Echelles de la mort n'ont plus connu d'accident depuis 1898. I.K.