Nouveau témoignage de l'intérêt actuel pour le passé lointain ou récent, une Histoire vaudoise parait ces jours en librairie. Premier du genre depuis un quart de siècle, cet ouvrage est le résultat des travaux menés depuis cinq ans par pas moins de dix-neuf auteurs. A l'origine de cette démarche: les intentions convergentes de Frédéric Rossi, archéologue et éditeur (Infolio), Antoine Rochat, directeur de la Bibliothèque historique vaudoise, et Laurent Pizzotti, graphiste de la célèbre Encyclopédie illustrée du pays de Vaud (1970-1987). Olivier Meuwly, historien du radicalisme et membre du PLR, assume la direction scientifique de l'entreprise. 

-La dernière synthèse historique vaudoise est celle de Lucienne Hubler, en 1991. En quoi votre travail innove-t-il?

-Par son ampleur, sans aucun doute. Il offre une synthèse inédite de la période contemporaine. Un tiers du livre est consacré à la période qui va de 1803 à nos jours. Nous avons aussi donné une grande place à l'histoire culturelle. L'architecture, par exemple, est très présente.

-Découper le passé en tranches chronologiques et les attribuer à autant d'auteurs, n'est-ce pas une solution de facilité?

-L'idéal serait un seul auteur, qui donne son style, sa forme et sa vision d'ensemble. Mais les progrès de l'historiographie ont entraîné une spécialisation croissante des historiens. Ils se montrent réticents à s'emparer de plusieurs siècles à la fois, pour une question de disponibilité également. Le nombre d'auteurs est en effet plus grand qu'imaginé au départ. 

-Dès lors, comment assurer la cohérence de style, de méthode, de point de vue historique?

-L'unité du point de vue historique, nous ne l'avons pas cherchée. Nous n'avons pas de thèse, pas de message à faire passer. Corinne Chuard a écrit les chapeaux de chapitres, qui servent de fil rouge. Les auteurs avaient reçu des consignes, il y a eu quelques retouches. Certains auteurs sont plus techniques, d'autres plus narratifs. A défaut d'une unité d'emblée, nous avons valorisé le kaléidoscope. 

-Une moitié d'auteurs de gauche, l'autre de droite?

-Pierre Jeanneret, qui est marqué à gauche, s'est occupé de l'histoire sociale des 19e et 20e siècles, alors que moi-même, militant de droite, m'étais réservé l'histoire politique de la même période. Mais la question ne s'est pas posée en ces termes, il n'était pas nécessaire de rechercher a priori un équilibre. 

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-On peut interroger la pertinence d'une histoire vaudoise dans un pays où les compétences cantonales s'érodent et dans un monde globalisé. Ou s'agit-il justement de lutter contre ces tendances?

-L'intérêt pour la proximité n'exclut pas les grands espaces, au contraire. Ce serait bien notre seul message, s'il y en a un: les histoires cantonales sont une matière formidable pour ouvrir les portes sur ses voisins et sur le monde. Nous avons évité tout folklorisme. Et nous ne disons pas que le fédéralisme est bon, même si j'en suis personnellement convaincu.

-Certains ont vu dans la période médiévale, savoyarde en particulier, l'âge d'or de l'histoire vaudoise. Vous aussi?

-Je n'y crois pas, non. Notre travail remet dans leur contexte la reine Berthe et Pierre II de Savoie. Ce dernier était un homme important de son temps, mais pas le fondateur du pays de Vaud comme cela a pu être dit. La vision idéale de la période savoyarde émane en premier lieu des politiciens de la période révolutionnaire, qui la dressaient contre la tyrannie du régime bernois. Ce contraste a été relativisé par la suite.

-Votre ouvrage est déjà dépassé: il n'inclut pas le retour d'un Vaudois au Conseil fédéral...

-L'élection de Guy Parmelin prouve au moins que l'histoire avance! Le Conseil fédéral n'est pas le fondé de pouvoir d'un canton. Notez de plus que le canton de Vaud s'est effondré sur le plan politique et financier à l'époque où Jean-Pascal Delamuraz était au Conseil fédéral et qu'il s'est redressé sans y être représenté. Mais on peut en tout cas espérer que certaines préoccupations de la région seront désormais mieux entendues dans la capitale fédérale. 

-Une distribution scolaire de cette Histoire vaudoise est-elle prévue? 

-Pas en tant quel tel, ce n'est pas un ouvrage scolaire. Mais les enseignants d'histoire sont informés de sa parution. Des possibilités de décliner son utilisation sous d'autres formes sont envisagées.

-Près de 600 pages et 88 francs, un peu gros et cher pour une synthèse grand public...

-Mais c'est aussi un beau livre! Il donne une grande place à une iconographie riche et largement renouvelée. 

* Histoire vaudoise, éditions Infolio, 2015. www.infolio/ch