De ses vingt-deux ans passés à la tête du Service de la chasse valaisan, Narcisse Seppey a gardé deux choses dans sa gibecière. Un élégant franc-parler. Et une cartouche qu'il se résout aujourd'hui à tirer sur le loup, son ennemi de toujours.

Dans un ouvrage honorant le centième anniversaire de la Diana d'Hérens, il publie, dit-il, «toute la vérité» sur la réintroduction du canis lupus en Suisse. Sur le papier, la «vérité» ne diffère pas beaucoup de celle qu'il criait depuis longtemps dans les bosquets.

Le poing dans la poche, entouré de ses amis nemrods, Narcisse Seppey peste sur les lâchers sauvages admis par les gouvernements, dénonce un «complot» à l'échelle européenne, révèle l'existence d'un protocole de l'ombre, signé entre l'Italie, la France et la Suisse.

Photos de chair à vif à l'appui, il s'apitoie sur le sort des moutons égorgés, des chèvres de chamois portantes dans le même piteux état, «pendant que les chaînes animalières n'en ont que pour les beaux yeux des louveteaux. Aucune considération si ce n'est pas un animal qui bouffe».

Outre le couronnement en grande pompe du centenaire de sa société de chasse, à quoi sert le bouquin? «La migration naturelle du loup est une illusion, le peuple a été grugé. Il doit savoir. Le livre établit les faits. Ensuite, les gens se feront leur opinion», jure l'auteur.

Or, entre les lignes, le pamphlet fait aussi l'apologie de la gestion «démocratique» de la faune, qu'il a défendue et pratiquée en son temps avec tant d'assiduité. On n'avait jamais vu si copieux gibier que sous son règne.

«Le prédateur tape à l'aveugle. L'homme, lui, est le maillon de tête de la chaîne alimentaire. Il est le seul capable de science et de conscience.» Fut-ce dans un dernier sursaut d'autocongratulation, Narcisse Seppey tenait juste à rendre à César ce qui est à César. Une balle pour le loup. Un laurier pour le chasseur à l'élégant franc-parler.