L'étude comparative qui a alimenté le récent débat sur les médecines complémentaires vient d'être publiée. Dans un article paraissant aujourd'hui dans la revue britannique The Lancet, des chercheurs de l'Université de Berne affirment que les effets cliniques de l'homéopathie équivalent à ceux d'un placebo. Sans être jadis détaillés publiquement, ces résultats avaient déjà été inclus dans le Programme d'évaluation des médecines complémentaires (PEK), sur lequel s'est notamment basé Pascal Couchepin pour, en juin dernier, suspendre le remboursement de ces prestations par l'assurance de base. «Grâce à cette publication, ces résultats acquièrent de la crédibilité, notamment sur le plan international», se réjouit Matthias Egger, l'un de ses auteurs.

Comparaison de 110 études

Durant trois ans, ce médecin du Département de médecine sociale a comparé 110 études évaluant l'efficacité de l'homéopathie à autant de traitements médicaux conventionnels, dans le cas de diverses affections (asthme, allergies, infections respiratoires, etc.). Les chercheurs se sont intéressés à deux catégories de travaux: les essais – de moindre qualité – menés sur un petit nombre de patients, et ceux – de plus grande valeur – impliquant un nombre important de sujets.

Autant en homéopathie qu'en allopathie, les études du premier groupe faisaient état d'incidences bénéfiques plus nombreuses que celles du deuxième groupe. Toutefois, lorsque l'analyse se restreignait aux études de haute qualité, il n'y avait aucune preuve que l'homéopathie était plus efficace qu'un placebo, selon les chercheurs. Concernant la médecine conventionnelle, c'était par contre clairement le cas. Dans un cinglant éditorial, la revue médicale conseille ainsi aux médecins d'«être audacieux et honnêtes avec leurs patients à propos de l'absence de bienfaits de l'homéopathie».

«Cette méta-analyse souffre de plusieurs biais, estime, comme naguère, Bruno Ferroni, président de la Société suisse des médecins homéopathes (SSMH). Ainsi, les petites et grandes études ont été mélangées. La méthodologie d'évaluation est bancale. Enfin, il existe d'autres méta-analyses, favorables à l'homéopathie, et dont M. Egger ne fait pas mention.» Auparavant, à l'annonce de Pascal Couchepin, la SSMH avait d'ailleurs déjà diffusé une liste de tels griefs à l'encontre de l'«étude Egger».

De son côté, le chercheur bernois réfute en bloc ces critiques. «Au final, tout est question de croyance, tempère-t-il. Et faire changer d'avis ceux qui croient fermement en l'homéopathie est impossible. Désormais, cette étude a été analysée dans le détail par divers experts internationaux et avalisée pour publication dans un des plus prestigieux journaux scientifiques au monde. D'ailleurs, elle a un gros impact en Angleterre, où un débat similaire fait rage.»