C’est avec consternation et, surtout, avec une grande tristesse que nous apprenons le décès, à 74 ans, de Laurent Kasper-Ansermet. Nous? Ce n’est pas un pluriel de majesté, ce sont toutes et tous, qui, comme moi, ont eu la chance de bénéficier de sa collaboration au sein de la magistrature genevoise. Dès 1992 et pendant plus d’une décennie, il a assumé successivement les fonctions de procureur, de juge d’instruction, puis de juge du siège à la Cour de justice, avant de quitter Genève et de s’engager au service du droit et de la justice internationale.

Lire aussi: tous les articles en relation avec Laurent Kasper-Ansermet sur le site LeTempsArhcives.ch, dans le «Journal de Genève» et dans «Le Nouveau Quotidien»

Intelligent, cultivé, parfois imprévisible, Laurent Kasper-Ansermet était un homme attachant pour celles et ceux qui savaient apprécier ses qualités hors du commun. Dans son souci de contribuer à l’administration d’une justice qui, souvent par crainte ou par ignorance, rechignait à s’en prendre à des adversaires réputés trop puissants pour être inquiétés dans leur turpitude, il ne s’est pas fait, certes, que des amis. Mais il a mérité la reconnaissance de celles et ceux qui – c’est mon cas – ont partagé sa détermination, son courage, son intrépidité parfois, toujours cependant au service d’une cause juste. Dans sa quête d’une justice pénale équitable, s’appliquant sans crainte injustifiée à ceux qui commettaient des infractions financières, complexes, qu’il était en charge de poursuivre d’instruire ou de juger, Laurent Kasper-Ansermet a fait preuve d’une détermination sans faille, qui nous laisse le souvenir d’un magistrat ayant su parfaitement faire honneur à sa charge.

«Besoin d’air»

Son départ pour la France, où il avait trouvé des liens affectifs qui l’ont accompagné jusqu’à son dernier jour, n’a pas été une vraie surprise pour celles et ceux qui le connaissaient bien. Ce magistrat ambitieux dans l’accomplissement de ses fonctions avait sans doute «besoin d’air», après avoir subi, plus que d’autres, un acharnement que les règles de procédure ne manquent pas d’offrir à ceux qui ont les moyens financiers de les mettre en œuvre. Il n’en a pas pour autant abandonné sa vocation et il s’est mis au service d’institutions internationales organisées ou patronnées par l’ONU. Son départ nous afflige. Nous aurions aimé pouvoir l’accompagner et ne pas apprendre son décès par une nouvelle de presse, sans précision, sans chaleur. Nous l’aimions bien, nous l’aimions beaucoup, nous le respections; je pleure son absence et présente mes plus sincères condoléances à sa compagne.

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