«Ce qui s'est passé nous relie les uns aux autres, même si nous ne nous connaissons pas. Nous sommes tous ici pour dire l'émotion qui nous habite depuis trois jours.» Entre 150 et 200 personnes ont participé vendredi soir à une prière œcuménique dans l'église de Saint-François, à Lausanne, à deux pas du Grand-Pont où s'est produit mardi dernier un drame qui a fait trois morts et huit blessés, dont quatre sont encore hospitalisés. L'église avait été ouverte dès le début de l'après-midi pour que les Lausannois – qui ont été toutefois peu nombreux à le faire – puissent se recueillir ou déposer un témoignage dans le livre prévu à cet effet. Cette cérémonie était destinée à tous ceux qui de près ou de loin se sentaient touchés par l'événement, au vu de la grande émotion perceptible dans la population (LT de vendredi).

L'incompréhension face à ce qui s'est produit, le rappel que la vie de chacun peut basculer d'un instant à l'autre, et l'amour plus fort que la mort ont été les principaux thèmes abordés par le pasteur Jacques Küng et le curé Jean-Marie Pasquier. Mais aussi la nécessité de «dire la dignité de tout être humain, au moment où les idées de justice expéditive peuvent envahir les esprits.» L'homme au volant de la voiture folle a été associé aux prières, comme celle dite de Saint-François d'Assise, qui a mis fin à la cérémonie: «Seigneur, fais de nous des instruments de paix, là où est l'offense que nous mettions le pardon.»

Un moment d'émotion particulier s'est produit à la sortie de l'église. Les parents et l'ami de la jeune employée de banque tuée par le chauffard remercient quelques ambulanciers, qui assistaient à la prière en tenue de travail. Puis ils rencontrent la dame, témoin du drame, qui a tenu la main de leur fille dans ses derniers moments. Ces parents en deuil, qui avaient enterré leur enfant le jour même, étaient semble-t-il les seuls intimes des victimes du drame présents.

Lors de la cérémonie, aucun nom n'a été prononcé. Pour respecter l'intimité de la douleur, a expliqué le pasteur, renvoyant la personnalisation aux cérémonies funèbres organisées par chaque famille. Au cours des derniers jours, la jeune employée de banque est la seule des victimes à avoir acquis un visage pour les Lausannois. Prénommée Cindy, âgée de 22 ans, elle travaillait au siège de Saint-François et a été fauchée durant sa pause de midi. La famille a fait paraître un faire-part, évoqué les espoirs tronqués par cette mort brutale, tandis que sa photographie a été placée sur le pont, là où les Lausannois déposent fleurs et hommages.

Les deux autres personnes décédées sont restées anonymes, par volonté de ses proches dans un cas, par leur éloignement dans l'autre. La mère de famille de 34 ans, entraînée dans le vide par la voiture folle et séparée pour toujours de sa fillette de 2 ans, était domiciliée dans la région lausannoise. Dans le troisième cas, il s'agit d'une femme de 40 ans, de nationalité américaine, et c'est à l'ambassade que la municipalité a adressé, faute de mieux, sa lettre de condoléances.

Il y a également eu huit blessés. Vendredi soir, quatre d'entre eux étaient encore hospitalisés. La fillette est à l'Hôpital de l'Enfance, souffrant de plusieurs fractures. Une dame dont l'état était critique lors du précédent bulletin de santé est désormais en évolution positive. Les deux dernières, des femmes également, sont toujours au CHUV, mais hors de danger.

Pour la conseillère municipale Eliane Rey, qui représentait l'exécutif lausannois avec deux de ses collègues, «il faut songer à une plaque commémorative sur le Grand-Pont.»