L’homme qui a fait barrage à l’UDC

Grisons Jon Domenic Parolini a douché les espoirs du parti blochérien, lors des élections en mai

L’élu, éjecté en 2008 du parti agrarien, a confirmé l’ancrage du PBD dans les Grisons

Le duel était hautement symbolique. D’un côté, le conseiller national UDC Heinz Brand, ancien chef de la police des étrangers des Grisons, l’un des pères de l’initiative «Contre l’immigration de masse», vu par certains comme un papable à la course pour le Conseil fédéral. De l’autre, Jon Domenic Parolini, l’un des ténors du PBD et président du parti dans les Grisons. Les deux quinquagénaires se sont affrontés pour décrocher un siège au Conseil d’Etat des Grisons, le 18 mai. Résultat: Jon Domenic Parolini a remporté – à sa propre surprise – plus de 25 000 voix, contre 20 600 pour le candidat UDC. Le PBD a pu conserver ainsi deux sièges sur cinq dans le fief d’Eveline Widmer-Schlumpf. Qui est l’homme qui a sauvé l’honneur du PBD, après sa débâcle bernoise en mars, et douché les espoirs du parti blochérien de reconquérir un siège à l’exécutif, lui qui en détenait deux avant la scission du parti en 2008?

Jon Domenic Parolini, maire de Scuol depuis quatorze ans, nous accueille dans «son» village à 1250 mètres d’altitude. Dès les premières minutes de notre rencontre à travers les rues pavées, l’homme grisonnant se répand sur les attraits touristiques du chef-lieu de Basse-Engadine: ses bains, ses montagnes, ses hôtels… L’ingénieur forestier, passionné de chasse, a misé sur son expérience dans le tourisme, lors des dernières élections. Président de la communauté d’intérêt du secteur pour les Grisons, il est impliqué notamment dans les remontées mécaniques, le centre de soins et les bains de Scuol. Vu l’importance de la branche, qui contribue au tiers du PIB des Grisons, cet atout a joué un rôle déterminant lors de l’élection, estime-t-il. «L’hôtellerie souffre beaucoup en montagne, avec le recul des nuitées et la concurrence des pays limitrophes. L’initiative «Contre l’immigration de masse» va encore lui causer des problèmes de recrutement», regrette le nouveau conseiller d’Etat, qui siégeait au parlement cantonal depuis quatorze ans.

Jon Domenic Parolini en est convaincu: même si le canton a plébiscité le texte de l’UDC à 50,6%, Heinz Brand s’est «grillé» auprès du secteur touristique avec cette initiative. «Il s’est concentré sur un problème national, qui ne concerne pas tellement les Grisons. Sa visite des camps de réfugiés à Budapest [dont il dit vouloir s’inspirer pour les centres d’asile en Suisse, selon le Blick , ndlr] n’a pas beaucoup d’intérêt pour notre canton et ses défis.»

De son côté, Heinz Brand n’a pas manqué de jeter des piques à son rival, qu’il juge «sans relief», «serpentant» au gré des sujets. Le président du PBD grison réplique: «C’est bien notre principale différence avec l’UDC: le style! J’écoute l’avis des uns et des autres avant de me forger une opinion, plutôt que d’arriver avec des idées préconçues. Au PBD, nous menons une politique constructive. Nous ne sommes pas adeptes des grandes initiatives nationales, qui servent surtout à se faire de la publicité!» s’emporte-t-il avec sa gestuelle très italienne. Un homme consensuel, mais volubile, que ce soit en allemand, en français, en italien ou en romanche.

Comment explique-t-il la débâcle de son parti dans le canton de Berne? «Je pense que les candidats n’ont pas réussi à se différencier assez de ceux de l’UDC. Ici, cette distinction est plus claire.» Le parti a misé sur le dossier européen – «Nous sommes pour la voie bilatérale» – et sur l’énergie pour se démarquer, souligne-t-il. «La population ne veut plus du nucléaire. Cela ne sert à rien de résister. Nous sommes pour une transition énergétique.» L’ingénieur est favorable à un parc éolien dans les Grisons, tel qu’envisagé par la ville de Zurich à Surselva… tant que le tourisme n’en souffre pas. Mais il milite surtout pour l’énergie hydraulique. Il s’est battu pour un moratoire sur l’assainissement des tronçons à débit résiduel, qui impose aux entreprises hydrauliques de préserver les petits cours d’eau, au détriment de leur production. Les Grisons sont d’ailleurs l’un des derniers cantons à ne pas avoir appliqué les prescriptions fédérales en la matière. «Je sais que nous n’aurons pas le choix. Mais nous pourrions attendre quelques années, que la rentabilité de l’énergie hydraulique s’améliore.» L’élu compte, à long terme, sur le renchérissement des permis d’émission de CO2 au niveau international pour améliorer la rentabilité des énergies renouvelables et pour supprimer la taxe (RPC) imposée aux consommateurs.

Aux Grisons, le PBD tente également de se distinguer de l’UDC sur la question du tourisme: «Certaines offres ne sont pas rentables et elles ont besoin de soutien. Cette aide est primordiale pour la survie des petites destinations, qui se vident de leur population.» Cette spécificité semble avoir assuré la victoire du PBD ce printemps. Mais suffira-t-elle pour les élections fédérales de 2015? «Sur les cinq sièges du Conseil national dévolus aux Grisons, je suis convaincu que le PBD pourra conserver celui qu’il occupe actuellement. A Glaris également, ainsi qu’à Zurich et en Argovie. La question se pose pour Berne. J’espère que le PBD cantonal va tirer les leçons de sa défaite.»

Quant à sa conseillère fédérale, Eveline Widmer-Schlumpf, Jon Domenic Parolini ne perd pas son indéfectible optimisme. Il compte sur la tradition politique suisse: «Ce n’est pas le style de notre pays de jeter une conseillère fédérale. Elle doit pouvoir rester à sa place.»

«Les candidats PBD à Berne n’ont pas réussi à se différencier assez de ceux de l’UDC»