Portrait

L’homme le plus à droite du parlement suisse

Elu en mars au parlement cantonal bernois, Erich Hess est le seul politicien suisse présent à tous les échelons institutionnels. Il est également le plus conservateur sous la coupole fédérale

Si l’on se fie au classement des parlementaires suisses 2017, le politicien le plus à droite sous la coupole fédérale, c’est lui. Ses préoccupations principales traduisent cette réputation: «Renvoyer les criminels étrangers, plus de sécurité et plus de propreté», réclame son portail web. Originaire de l’Emmental bernois, il a rejoint l’UDC à 16 ans. C’est la construction européenne environnante qui l’a convaincu: «Tout le monde voulait rejoindre l’Union. Pas moi. Je devais faire quelque chose.»

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Deux décennies plus tard, à désormais 37 ans, il vient d’être élu au Grand Conseil bernois auréolé du meilleur score des candidats de son parti. Il ajoute ainsi un siège de parlementaire supplémentaire à sa collection, lui qui est déjà membre du Conseil national et du parlement de la ville de Berne. Une réussite qu’il explique par le maintien d’une «ligne politique claire»: «Quand quelqu’un vote pour moi, il sait à quoi s’en tenir. Avec Hess, pas de girouette.» Sa dernière initiative parlementaire en date au Conseil national? Le plafonnement de l’aide sociale pour les étrangers.

«Une fois sa réputation ruinée, on peut vivre sans se gêner»

Le natif de Dürrenroth, 1000 habitants en campagne bernoise, aime la provocation. «Sans aucun doute la recette de son succès, affirme un collègue d’hémicycle du centre droit. C’est une sorte de Trump suisse.» En 2017, il s’exclamait ainsi au parlement de la ville de Berne au sujet de la Reitschule, un centre alternatif bernois: «Jour après jour on y voit principalement des nègres en train de dealer.» Les Jeunes Verts déposent une plainte, qui débouchera sur un non-lieu. Interrogé par la télévision locale, TeleBärn, il se défend: «Si le terme choque peut-être en ville de Berne, il est encore utilisé de manière courante à la campagne.» Lors de la même journée, il comparait une intervention du PLR, selon lui «cosmétique», à «du maquillage sur une femme laide». Constamment sous le feu des critiques – y compris au sein de l’UDC – quel regard porte-t-il sur son image? «Une fois sa réputation ruinée, on peut vivre sans se gêner», répond Erich Hess.

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Son style lui vaut des ennuis récurrents. Véritable ovni à Berne, l’une des villes les plus à gauche de Suisse, le conseiller national n’est pas partout le bienvenu dans la capitale. Fin mars 2018, il se voyait ainsi – une fois de plus – interdire l’entrée d’un bar par ses exploitants. Sans s’en formaliser: «Nous sommes allés ailleurs, pas de quoi en faire un plat.» Une fois l’endroit idéal trouvé, encore doit-il espérer que personne ne lui renverse une bière sur le crâne, comme il a pu en faire l’expérience dans un autre établissement bernois en 2016. Véritable tête de Turc, le politicien a fait l’objet de satires, parodies et chansons en tout genre outre-Sarine. Et même au-delà. La chaîne allemande ZDF a également repéré Erich Hess, qu’elle a tourné en ridicule devant plus de trois millions de téléspectateurs en 2012.

Un agenda bien rempli

Ces attaques laissent Erich Hess de marbre. Il a peu de temps à y consacrer, vu les rares disponibilités que lui laisse son agenda surchargé. Ses multiples séances parlementaires vont par exemple se recouper. «Une simple question d’organisation», balaie l’UDC: «Tous les lieux sont proches. En trottinette électrique, j’y suis vite.» Il n’accumule pas les charges parlementaires pour décrocher des mandats particuliers, dit-il, mais pour rendre service au parti et décupler sa force de frappe sur des thématiques précises. La fermeture de la Reitschule, par exemple, à laquelle le Bernois s’est déjà attaqué – jusque-là sans succès – aux niveaux communal et cantonal. Son influence sur les procédures politiques au sein des parlements dans lesquels il siège resterait toutefois «limitée», selon un collègue du bloc bourgeois.

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Particulièrement actif en politique, Erich Hess se défend d’être un professionnel et répète son attachement au système de milice cher à l’UDC. Il continue de pratiquer le métier pour lequel il a été formé à l’adolescence: chauffeur de poids lourds. «Mais je ne conduis plus autant qu’avant», regrette-t-il. Il est par ailleurs à la tête de quatre entreprises actives dans le secteur de l’immobilier: «Si vous cherchez quelque chose, j’ai un très bel appartement libre au centre en ce moment.»

«Toute la vie, c’est du loisir»

Le citoyen de Niederbottigen, un hameau en périphérie de Berne qui compte «plus de cochons que d’habitants», est discret sur sa vie privée. Pas marié, il évoque tout au plus de futures vacances à Dubaï avec sa «copine». Quid de ses hobbys? «J’en aurais si j’avais du temps libre, rigole le Bernois. Mais je ne fais de toute façon aucune différence entre travail et loisir. Pour moi, toute la vie, c’est du loisir.»

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