Fribourg

L’hôpital donnera son linge sale à laver

Dans un contexte mouvementé, le conseil d’administration de l’HFR externalise le service de buanderie. Les syndicats dénoncent un passage en force

La direction de l’Hôpital fribourgeois (HFR) en avait assez de «laver son linge sale en public», selon les mots de Philippe Menoud, président de son conseil d’administration. Ce dernier a donc tranché dans l’épineux dossier de la privatisation des buanderies de ses sites de Fribourg et de Tavel, qui défraie la chronique depuis deux ans. Il s’est prononcé finalement pour l’externalisation du traitement du linge, à partir de début 2019. La mesure met un terme au long bras de fer entre direction et syndicats. Le conflit avait atteint son paroxysme en juin dernier: le personnel s’était mis en grève, obtenant que soit menée une double étude de faisabilité, technique et financière, avant toute prise de décision.

Les conclusions de ces rapports, réalisés par un cabinet d’audit international, ont conforté le conseil d’administration dans son choix. Le traitement du linge par des privés devrait permettre d’économiser 5 millions de francs sur dix ans. «Nous voulons pouvoir concentrer notre capacité d’investissement sur notre activité principale, les soins aux patients», justifie Philippe Menoud. Celui-ci rappelle que les trois autres sites de l’HFR (Billens, Meyriez-Morat et Riaz) externalisent déjà le traitement de leur linge, une pratique également en vigueur dans la plupart des établissements hospitaliers de la région, du CHUV de Lausanne à l’Hôpital de l’Ile à Berne, en passant par l’Hôpital intercantonal de la Broye.

«Un profond mépris»

Jeudi matin, l’annonce de la décision au personnel a suscité la colère des syndicats. «Nous n’avons reçu aucun retour des propositions que nous avions transmises lors de la procédure de consultation. HFR passe en force», fulmine Gaétan Zurkinden, secrétaire régional du Syndicat des services publics (SSP). Il dénonce un «profond mépris» envers le partenariat social. Un reproche que balaie Philippe Menoud: «Pour cette question purement organisationnelle, nous n’aurions même pas eu besoin de consulter les syndicats. Nous avons donc au contraire fait preuve d’une écoute certaine.»

Pour le président du conseil d’administration, il était temps de prendre une décision après deux années de réflexions et de discussions, «également par respect pour un personnel longtemps resté dans l’incertitude». Comme la direction s’y est engagée à la suite de la grève, les 30 employés au bénéfice d’un contrat à durée indéterminée se verront proposer un poste ailleurs dans le secteur de la logistique. Trois personnes avec un contrat à durée déterminée quitteront, elles, l’hôpital à la fin de leur mandat.

Déficit prévu de 21 millions

Ayant obtenu l’essentiel, soit la garantie d’un emploi équivalent pour le personnel des deux buanderies, les syndicats vont en rester là, non sans amertume. «La surdité du conseil d’administration est effarante, conclut Gaétan Zurkinden. Ce n’est pas de bon augure pour la suite.» L’épisode est clos. Il n’en fragilise pas moins une direction passablement chahutée et mise sous pression par les politiques. L’hôpital fribourgeois est malade de ses finances. Son budget 2018 affiche un déficit de plus de 21 millions de francs, l'obligeant à geler les engagements et à réduire la durée moyenne des hospitalisations.

Lire aussi: L’Hôpital fribourgeois balaie une offre du privé

Cette situation budgétaire critique n’est pas le seul problème. On reproche aujourd’hui à la directrice de l’hôpital d’avoir trop rapidement écarté l’offre de partenariat du groupe privé Hirslanden. L’été dernier, Claudia Käch était déjà sous le feu des critiques à la suite d’une succession de départs parmi les cadres. Un audit sur la gouvernance de l'HFR a alors été commandité. Ses conclusions sont attendues pour ce printemps.

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