Mais de combien l’Hôpital fribourgeois (HFR) a-t-il vraiment besoin pour fonctionner? Difficile de démêler les chiffres. Depuis mai, la direction de l’Hôpital et le gouvernement cantonal parlent d’un déficit de 15 millions de francs sur un budget de 430. «Mais nous avons besoin au total de 65 millions», explique désormais Pauline De Vos Bolay, directrice générale de l’HFR. Pour faire des économies, le HFR se réorganise en ce moment, comme l’a fait Neuchâtel ces dernières années. Des solutions existent, certaines sont encore à l’étude.

Comment passe-t-on d’un déficit de 15 millions de francs à un besoin de 65 millions, soit une différence de 50 millions? Les interprétations diffèrent sur le second chiffre qui représente 15% du budget de l’institution.

Ce budget 2012 montre un «manco tarifaire» de 11,3 millions et un financement transitoire de 38,3 millions, tout deux couverts par l’Etat. C’est-à-dire? Jusqu’ici considéré comme une couverture de déficit, le «financement transitoire» est entre autres composé de prestations d’intérêt général. Le nouveau financement hospitalier oblige les hôpitaux à mieux définir leurs prestations, ce que l’HFR comme d’autres n’a pas encore terminé, et à les facturer sur la base de forfaits négociés avec les assureurs. Quant au manco, il résulte de l’échec des négociations avec les assureurs-maladies au sujet du tarif de base (baserate).

Pour Pauline De Vos Bolay, les 50 millions supplémentaires se rapprochent d’une couverture de déficit. «Nous avons besoin de 65 millions de plus pour fonctionner sur la base de nos infrastructures, explique-t-elle. La structure actuelle des coûts résultant du nouveau financement hospitalier nous est défavorable. Pour pouvoir nous passer de cette aide de l’Etat, nous allons devoir opérer des changements structurels importants.»

L’analyse est différente pour Anne-Claude Demierre, conseillère d’Etat socialiste à la tête de la Santé et des Affaires sociales, prise parfois violemment pour cible par la droite dans ce dossier. «Nous connaissions ces montants en préparant le budget 2012, note-t-elle. L’Etat les couvre.» Faut-il s’attendre à ce que l’HFR doive au final économiser ces 65 millions en entier? «Non, estime la ministre. Nous ne sommes pas sur des montants d’économies tels que ceux-là, car il s’agit entre autres d’en soustraire les prestations d’intérêt général.»

Consultant et économiste de la santé, Luc Schenker est l’ancien directeur financier du CHUV à Lausanne. «Toute entreprise a besoin d’infrastructures adaptées en fonction de sa clientèle, de son bassin de population, commente-t-il. Il y a eu des réformes à Fribourg, menées avec du courage par rapport à la moyenne suisse. Mais on s’est un peu arrêtés à mi-chemin. Un hôpital sur plusieurs sites qui répartit mal ses activités coûte entre 15 et 20% plus cher.»

Pour lui, «le financement des prestations peu ou mal couvertes par les assurances-maladies n’est pas encore résolu. En fonction de la valeur du point Tarmed, il manque à l’heure actuelle environ 20% aux hôpitaux pour couvrir les tâches.»