Finances

L’Hôpital fribourgeois est pris dans la tourmente

Avec un déficit 2017 deux fois plus élevé que prévu, l’institution doit prendre de nouvelles mesures d’économies, dans un contexte politique explosif lié à la révision du statut de son personnel

L’Hôpital fribourgeois (HFR) devrait peut-être changer le message de sa campagne visuelle «Bien plus qu’une histoire médicale. Une histoire humaine». Car on ne parle aujourd’hui plus que d’histoires d’argent lorsqu’on évoque l’institution plongée dans une profonde crise depuis plusieurs mois. Nouvel épisode, ce mercredi: la direction de l’HFR a annoncé un déficit de 14,6 millions de francs pour l’année 2017, soit le double de celui inscrit au budget (7,9 millions).

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«Le résultat est décevant, même si nous savions depuis septembre qu’un déficit d’au moins 12 millions serait inévitable», reconnaît Philippe Menoud, le président du conseil d’administration. Le mal est diagnostiqué: l’hôpital n’a pas su anticiper les changements liés à la libéralisation du marché hospitalier de 2012. Depuis, dans un secteur ouvert à la concurrence, les recettes tendent à diminuer, alors que les charges liées à la hausse de l’activité hospitalière augmentent. «La situation financière s’est péjorée très rapidement, nous avons été pris de court», admet Philippe Menoud.

Alors que le budget 2018 de l’HFR prévoit encore une perte de 23 millions de francs, la situation est critique. En raison d’une dette cumulée dépassant le 3% des charges totales, la loi impose l’adoption d’un plan d’assainissement. Le 8 février, la direction annonçait l’externalisation des services de buanderie, pour une économie de 10 millions sur cinq ans. Ce mercredi, elle détaillait encore différentes mesures, comme la limitation des embauches ou la réduction de la durée moyenne du séjour des patients. Celle-ci se monte à Fribourg à 7,37 jours – en comparaison, la moyenne suisse est de 5,6 jours.

Bloc opératoire de Riaz fermé la nuit

Enfin, et c’est la décision la plus sensible, le bloc opératoire du site de Riaz, en Gruyère, sera fermé de 19h30 à 7h30. «En 2017, seulement 120 interventions y ont été effectuées de nuit pour un coût de près de 1 million de francs, nous ne pouvons plus nous le permettre», justifie Rolf Wymann, médecin-chef des centres opératoires. Les urgences nocturnes critiques seront ainsi transférées sur le site de Fribourg, ce qui laisse craindre une baisse des prestations pour les habitants du sud du canton.

Ces annonces interviennent dans un climat délétère. A la suite d’une succession de départs parmi les cadres et d’un audit ravageur concernant le fonctionnement interne, l’hôpital s’est séparé à la fin du mois de février de sa directrice générale Claudia Käch. Politiquement, la situation est également tendue. Le Conseil d’Etat fribourgeois est censé se positionner ce printemps sur la délicate question de savoir s’il veut maintenir les employés de l’HFR dans le cadre de la loi sur le personnel de l’Etat (LPers) ou l’en sortir au bénéfice d’une convention collective de travail, une CCT, qui sera forcément moins avantageuse. Les syndicats tablent sur des baisses de salaires allant de 5 à 10%.

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Mardi, plusieurs médias se faisaient l’écho de l’existence d’un rapport confidentiel datant du 8 septembre 2015 préconisant justement la sortie de la LPers comme condition du sauvetage de l’institution. Les salaires du corps médical fribourgeois, de 9,1% plus élevés que dans le reste de la Suisse romande, pèsent lourdement sur la santé financière de l’HFR. Le fait que ces conclusions aient été maintenues secrètes par le Conseil d’Etat fait bondir le PLR. «Depuis trois ans, il y a un rapport qui propose des mesures, mais le gouvernement n’a pris aucune décision. Il est temps qu’il prenne ses responsabilités et ouvre un débat sur l’avenir de l’hôpital», appelle Sébastien Dorthe, président du PLR fribourgeois.

«Touche pas à ma LPers!»

Le débat s’annonce explosif. Les syndicats promettent déjà de mettre la pression contre un éventuel changement de statut des employés de l’HFR. «Nous allons convoquer une assemblée de l’ensemble du personnel», confirme Gaétan Zurkinden, secrétaire régional du Syndicat des services publics Fribourg. La traditionnelle manifestation du 1er mai sera ainsi placée sous le slogan de «HFR – Touche pas à ma LPers!».

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