C'est mieux qu'un hôpital de brousse, mais ça reste un petit établissement de proximité, pour une population de 70000 habitants. L'Hôpital du Jura opère une mue importante, bien avancée, qui fut douloureuse à sa genèse. Porrentruy a dû céder sa maternité à Delémont.

Pour se donner un avenir, l'Hôpital du Jura, avec son site de soins aigus à Delémont et la réadaptation à Porrentruy, se profile comme centre régional de compétences, incontournable, entre Bienne et Bâle.

Il a opté pour une stratégie ambitieuse, en intégrant, dans les prestations qu'il fournit, des compétences universitaires. Une initiative du gynécologue Jacques Seydoux. «Souvent, dans son hôpital, un médecin-chef est seigneur en son royaume», constate-t-il. Il est parfois considéré comme tel à Delémont. «A voir le développement des techniques opératoires et des stratégies thérapeutiques, un hôpital périphérique ne peut pas offrir, dans des domaines pointus, le meilleur traitement à ses patients.» Et de relever, en matière de traitement de l'oncologie gynécologique, que «beaucoup de patientes ne bénéficient pas d'une prise en charge idéale».

Offrir le meilleur

Lui entend offrir le meilleur aux Jurassiennes. Jacques Seydoux a pris contact avec deux médecins de premier ordre dans ce domaine en Suisse, Jurassiens d'origine: Patrick Petignat, médecin-chef de l'unité d'oncogynécologie chirurgicale aux Hôpitaux universitaires de Genève, et Michel Müller, patron du même service à l'Hôpital de l'Ile à Berne. L'Hôpital du Jura a signé une convention avec eux et leurs établissements.

Les docteurs Petignat et Müller interviennent, un ou deux jours par mois, à l'Hôpital de Delémont. Depuis le début de l'année, une trentaine de patientes jurassiennes en ont profité. L'un traite les cancers de l'utérus, du col utérin, de l'ovaire et de la vulve, l'autre est spécialisé dans l'endométriose et le cancer du sein.

A les entendre, l'échange ne fait que des gagnants. Les patientes jurassiennes sont soignées chez elles, bénéficiant des plus hautes compétences, «à des coûts tout à fait acceptables», souligne le directeur Laurent Christe. Et les praticiens sont friands d'interventions, la répétition des actes chirurgicaux étant nécessaire pour rester à la pointe.

Tout ce beau monde saisit l'occasion de faire l'apologie des réseaux hospitaliers. Le Jura s'affiche en précurseur d'une pratique qui pourrait se développer: amener dans un hôpital périphérique des compétences universitaires.

Le directeur de l'Hôpital du Jura est ravi. «Nous voulons nous profiler en nous concentrant sur certaines prestations. Pour servir notre population, mais également attirer des patients des alentours. Nous anticipons deux phénomènes: les exigences des assureurs maladie qui voudront des prestations de qualité et le libre choix de l'hôpital par le patient.» L'Hôpital du Jura prévoit d'élargir la palette des collaborations universitaires, notamment en orthopédie.