Le site de Moutier de l’Hôpital du Jura bernois (HJB) sera-t-il rayé de la carte? C’est la crainte qu’émettaient plusieurs antiséparatistes au soir de la votation qui a vu la cité prévôtoise se rattacher au canton du Jura. Rien n’est encore fait, tout reste à décider. Dans l’immédiat, rien ne change dans la mesure où le divorce de Moutier d’avec le canton de Berne n’est planifié que pour 2021. Côté jurassien, on est optimiste. Côté bernois, on l’est moins.

Le sort de l’hôpital a été l’un des enjeux majeurs de la votation. Durant la campagne, le conseil d’administration de l’HJB avait lancé un cri d’alarme, parlant d’un «avenir menacé». Or, cet hôpital est une des plus grandes entreprises de la région, fournissant quelque 330 emplois sur le site de Moutier. Les Jurassiens avaient immédiatement répliqué. Le ministre de l’Economie et de la santé, Jacques Gerber, avait dénoncé une «instrumentalisation» de l’HJB. Quant au président de l’Hôpital du Jura (H-JU), Philippe Receveur, il s’était engagé en faveur du maintien des deux pôles – de Saint-Imier et Moutier – pour l’HJB.

«Aujourd’hui, je suis assez pessimiste», confie Pierre Alain Schnegg, conseiller d’Etat bernois responsable de la Santé. Celui-ci redoute un choc des cultures. Dans le Jura, c’est le gouvernement qui dicte la politique hospitalière. En revanche, le canton de Berne, bien qu’il soit resté propriétaire de ses hôpitaux, les a transformés en sociétés anonymes de droit privé disposant d’une totale autonomie.

Une période d’incertitude

Pierre Alain Schnegg s’inquiète de la période d’incertitude qui s’ouvre pour l’HJB. «Dans une phase d’instabilité, vous craignez toujours le départ de bons médecins, explique-t-il. Mais nous allons tout faire pour soutenir et renforcer le site de Saint-Imier, de même que développer la collaboration entre la psychiatrie sise à Bellelay et les soins somatiques.»

Avant la votation du 18 juin, le Conseil d’Etat bernois a fermé la porte à une planification hospitalière commune, de même qu’il a rejeté la perspective d’ouvrir l’actionnariat de l’HJB. A l’heure actuelle, Pierre Alain Schnegg peine à imaginer la mise en place d’un hôpital intercantonal, dont la structure serait très complexe. Quelle CCT reprendrait-il? Qui déciderait de la liste hospitalière? Qui négocierait les tarifs avec les caisses maladie? «Je pense qu’il est préférable d’envisager une transmission du site de Moutier au canton du Jura», conclut-il.

Le Jura privilégie une autre piste

Ce scénario-là, les Jurassiens ne le privilégient pas. «Il serait dommage de démanteler la structure actuelle à deux sites de l’HJ», déclare Philippe Receveur. Celui-ci compte d’ailleurs bien s’inspirer de l'«excellent» modèle bernois d’autonomisation des hôpitaux. «Nous travaillons à une révision de notre stratégie hospitalière, dans laquelle nous revendiquons plus d’autonomie pour l’H-JU.» Depuis la révision de la loi sur l’assurance maladie (LAMal) qui a libéralisé le marché de la santé, les hôpitaux sont devenus des entreprises, même s’ils opèrent encore dans le cadre d’une mission de service public.

Après la votation, Philippe Receveur s’emploie à apaiser les esprits et à rassurer la population. «Nous n’avons aucune volonté d’annexer le site de Moutier.» Le Jura privilégie toujours la piste de l’ouverture de l’actionnariat de l’HJB, d’autant plus que son site de Saint-Imier attire beaucoup de patients des Franches-Montagnes.

«Emplois maintenus»

Reste une question centrale malgré cette déclaration de bonnes intentions. Le Jura pourra-t-il s’offrir le luxe de deux établissements – Delémont et Moutier – de soins aigus situés à moins de 15 km de distance? Tout dépendra de la qualité de la collaboration entre les deux hôpitaux et des deux cantons, lesquels doivent désormais se mettre autour de la table pour définir une feuille de route.

A la tête des hôpitaux, la bonne volonté est là: à peine le résultat de la votation connu, l’HJB a réuni son directoire et ses médecins cadres à Moutier. «Notre objectif est d’assurer la sauvegarde des emplois et la pérennité de l’entreprise», souligne le président du conseil d’administration, Anthony Picard. «Notre hôpital, qui ne touche pas de subventions sous forme de prestations d’intérêt général, se trouve dans une dynamique positive et jouit de la confiance des patients et des médecins», rassure-t-il. Dès lors, le site de Moutier ne devrait pas perdre d’emplois. «Il y aura peut-être quelques changements dans les missions, mais je suis persuadé que tous les emplois seront maintenus», renchérit Philippe Receveur.