L’Hôpital du Valais tremble pour son avenir

Santé Le chirurgien phare de l’institution est sous le coup d’une plainte pénale

Nouvelle crise institutionnelle ou manquement?

Vincent Bettschart a souhaité être présent lors de la conférence de presse organisée dans l’urgence lundi après-midi à l’Hôpital du Valais. Une plainte pénale à son encontre pour homicide par négligence, révélée par la presse locale, ravive les cendres de l’incendie d’il y a trois ans. Le chef du département de chirurgie était alors accusé d’avoir opéré en regardant un match de football, en pleine polémique sur le fonctionnement de l’hôpital et sa restructuration.

Aujourd’hui, l’homme apparaît réservé. Il relate brièvement l’ambiance au sein du personnel médical rudement secoué par cette affaire naissante. Il dit l’angoisse des patients qui doivent être opérés ces jours. Et la peine de sa famille. «C’est difficile d’expliquer à mes enfants que papa n’est pas un tueur en série», dit-il, tentant d’offrir son humanité en parade à la polémique.

L’une de ses patientes est décédée en avril. Son époux a porté plainte. «Vincent Bettschart a pratiqué une chirurgie conjointe du colon et de la tête du pancréas, ce qui est beaucoup trop risqué», estime l’avocat de la famille, Michel Ducrot. N’ayant pas eu accès au dossier médical établi par l’hôpital, l’avocat se base sur des avis d’experts médicaux informés par la famille et le médecin traitant de la malade. Une enquête a été ouverte par le procureur Olivier Vergères.

L’Hôpital du Valais souhaite éteindre l’incendie. Et vite. Parce que discréditer le professeur Bettschart, c’est toucher l’hôpital en plein cœur. Les prestations de médecine hautement spécialisée font désormais l’objet d’attribution dans toute la Suisse par un comité d’experts, l’organe scientifique de médecine hautement spécialisée. Cet été, l’Hôpital du Valais a reçu quatre spécialisations en chirurgie viscérale, lesquelles ne peuvent être réalisées que par le professeur Vincent Bettschart. Si le Valais perd cette spécialisation pour laquelle il est en concurrence avec les hôpitaux universitaires, il perdra des compétences susceptibles d’attirer de nouveaux médecins et de maintenir la compétitivité d’autres pôles forts, comme son centre de traumatologie. L’hôpital a donc annoncé lundi qu’il avait nommé une commission d’experts cantonaux et intercantonaux, chargés de faire la lumière sur le cas concerné par la plainte et sur le décès d’un autre patient, le 8 août dernier, mentionné dans la presse, qui pourrait lui être lié. En attendant les conclusions de cette commission promises pour dans trois semaines, Vincent Bettschart a renoncé à procéder aux opérations du pancréas.

Problème médical grave ou nouvelle crise liée à l’évolution de l’institution? A chaque épisode, la question reste entière. Pour Michel Ducrot, le conseil d’administration de l’hôpital était au courant des problèmes que posait Vincent Bettschart, décrit comme pratiquant des opérations risquées. Il ajoute que le chirurgien n’aurait pas respecté la règle adoptée par le Grand Conseil selon laquelle on demande un second avis médical universitaire pour ce type de chirurgie. «Une norme que ni le conseil d’administration, ni la direction n’ont mise en place», estime-t-il. «Aucun médecin ne décide seul d’une telle opération, répond Eric Bonvin, directeur de l’hôpital. Ce sont des commissions interdisciplinaires qui valident les interventions hautement spécialisées et le patient peut demander l’avis d’une seconde commission.»

Vincent Bettschart lui-même dit ne pas savoir pourquoi il est si souvent au cœur des problèmes de l’hôpital. «Ces dix dernières années, la réalité médicale a considérablement évolué au niveau suisse», analyse-t-il. «Le Valais est parti d’une médecine avec peu d’ambition pour aujourd’hui viser des spécialisations et cette évolution modifie profondément la vie professionnelle des médecins», explique-t-il. «L’enquête interne fera aussi la lumière sur le contexte de ces affaires», coupe Charles Kleiber, président du conseil d’administration de l’Hôpital du Valais. «Nous souhaitons entendre tout le personnel qui participe aux opérations pour comprendre ce qui se passe aussi au niveau de l’équipe», glisse-t-il, allusion sans doute au personnel de l’institution qui témoigne anonymement dans la presse locale.

Charles Kleiber est arrivé à la tête de l’hôpital il y a 18 mois, alors que le conseil d’administration avait démissionné en bloc et que certains politiques réclamaient la tête de plusieurs cadres. Il a nommé un nouveau conseil et une nouvelle direction, intégrant aussi les voix critiques à l’égard de l’institution. C’est à l’unanimité que ce conseil avait, en avril 2012, suite à une expertise, conclu qu’il pouvait réitérer sa confiance en Vincent Bettschart, après l’affaire du «match de football».

Le calme semblait revenu. Cette dernière affaire montre que la confiance n’est pas encore retrouvée. Ni auprès de l’ensemble des collaborateurs. Ni auprès des patients. Alors que l’UDC réclame déjà la démission de Vincent Bettschart, Charles Kleiber n’est pas prêt à renoncer au chirurgien et rappelle la présomption d’innocence.

«Aucun médecin ne décide seul d’une telle opération»