Les liaisons troubles d’Eric Stauffer

Genève Le candidat du MCG affiche sans complexe sa proximité avec la police

Cette connivence dérange les autres partis

Le si remuant Eric Stauffer peut-il être le candidat naturel des forces de l’ordre à l’élection partielle au Conseil d’Etat genevois? Le principal intéressé, dont le programme se résume à la seule sécurité, fait tout pour le laisser croire. La réalité est sans doute plus complexe, même si nombre de parlementaires s’inquiètent des informations privilégiées dont bénéficie souvent le fondateur du Mouvement Citoyen genevois (MCG). Le cordon ombilical qui relie ce parti au puissant syndicat de la gendarmerie (UPCP), accentue encore l’atmosphère de putsch pesant sur cette campagne. «Une collusion qui fait froid dans le dos», relève un observateur.

Les liens entre le MCG (qui compte quatre gendarmes dans sa députation) et la police s’affichent sans complexe. Il y a eu le prospectus: Eric Stauffer accroupi devant ce que l’on distingue être un véhicule d’intervention. Il y a désormais l’image réservée aux amis des réseaux sociaux: celle de Roger Golay, nouveau leader du MCG, député, président de la commission judiciaire et de la police du Grand Conseil, policier retraité et surtout ancien président du syndicat de la gendarmerie, qui pose en uniforme sur sa moto et appelle à voter pour son camarade de parti.

«Inacceptable», commente le député libéral Renaud Gautier en rappelant le devoir de réserve qui sied à la fonction. Au sein du Département de la sécurité d’Isabel Rochat, on encaisse le procédé avec fatalisme. «Cela n’a pas été autorisé et le message est très discutable. Il induit le public en erreur en utilisant une image ancienne d’un policier à la retraite», relève le porte-parole, Laurent Paoliello. Une retraite qui protège aussi l’ex-gendarme de toute sanction disciplinaire.

Au-delà de cet amalgame entre le corps de police et la personne du candidat MCG, ce sont les renseignements qu’obtient parfois Eric Stauffer qui dérangent le plus au sein de l’hémicycle. «Je suis toujours extrêmement surpris de voir son niveau d’information à propos de certaines négociations en cours entre l’autorité et les syndicats», constate Christian Bavarel (Verts), qui siège à la commission des finances. «Cela pose de vrais problèmes de confidentialité et peut compromettre les discussions, surtout avec un acteur qui ne respecte pas les règles de la bonne foi.»

Encore plus remonté, le libéral Renaud Gautier n’hésite pas à parler de rapports «pires qu’incestueux» entre le MCG et tous les degrés de la hiérarchie policière. En sa qualité de président du Grand Conseil, ce dernier a fait l’expérience de la grande perméabilité de l’institution, où devrait pourtant régner le secret de fonction. Il avait envoyé un courriel à la cheffe de la police, laquelle a répercuté plus bas, afin de faire évacuer la moto d’Eric Stauffer garée à l’Hôtel de Ville, à un endroit problématique. Peu après cet échange, le député était au courant de la démarche et en faisait le reproche à Renaud Gautier.

«Ce sont des informations qui ne devraient pas transpirer, et la direction de la police ne fait pas tout ce qu’il faut pour empêcher ces fuites. Il y a une forme de complaisance qui me déplaît souverainement. Tout cela renforce le sentiment que le MCG et son candidat ont accès à des renseignements que le commun des mortels ne peut avoir. Cette situation n’est saine ni pour le parlement ni pour la police», déplore le libéral.

A la direction de la police, on se montre plus nuancé sur l’intensité de la relation entre Eric Stauffer et les troupes. «Ce dernier prend la défense des gendarmes et ça plaît. Il a des sympathies certaines au niveau du comité de l’UPCP et de ses membres les plus actifs, et connaît les cadres grâce à son ancienne activité au sein de la commission des visiteurs de prison. Mais ceux qui s’intéressent à la politique, ils sont rares au sein de la maison, trouvent qu’il exagère», résume un responsable.

Non sans souligner que le candidat bluffe souvent (il aurait ainsi lancé le chiffre de 50 000 francs versés par Mark Muller au barman) et veut donner l’impression qu’il a toujours un coup d’avance quitte à prendre des risques et ne pas attendre qu’une information se vérifie. Parfois, celle-ci s’avère juste. C’était le cas pour ce fils de diplomate agressé en pleine rue dont il s’est avéré qu’il venait s’approvisionner en stupéfiants. A l’époque, Eric Stauffer avait évoqué «une source sûre». Aujourd’hui, il précise: «C’était le chauffeur de taxi.»

Loin de renier ses accointances, le candidat réplique: «La police et nous, nous sommes proches. C’est tout à l’honneur du MCG. Je n’ai aucun problème avec cela, surtout que je serai peut-être leur futur patron. C’est la preuve que nous avons su écouter leurs légitimes revendications.»