Pour le Tessinois, il appartient à UBS de corriger ses systèmes de rétribution des dirigeants

Le Temps: Selon les observateurs, la crise financière peut marquer un tournant pour les radicaux-libéraux. Le nouveau parti doit saisir sa chance de se montrer comme une force de centre droit capable de concilier libéralisme et étatisme.

Fulvio Pelli: L'Etat que nous vivons est l'Etat conçu par le libéralisme. Dans notre société, il y a des acteurs libres, des personnes et des entreprises, et un Etat qui crée des règles et les fait respecter, en réprimant les dérives. Nous ne sommes pas favorables à un Etat qui prend la place des acteurs économiques. La liberté comporte des risques, et implique parfois des fautes. Leurs corrections demandent une attitude étatique sage et modérée.

- Maintenant que le libéralisme et ses excès sont sous le feu de la critique, jusqu'à quel point êtes-vous prêt à accepter un rôle accru de l'Etat?

- La crise est une crise d'UBS. Certains en profitent pour pointer du doigt le libéralisme, mais ce n'est pas lui qui est en discussion. UBS a fait deux faux pas, qu'elle doit corriger: le premier, stratégique, a consisté à investir pour devenir le numéro un mondial des banques d'investissement. Le second, culturel, a été d'introduire des systèmes de rétribution qui ont privilégié les intérêts à court terme de ses dirigeants. Mais des centaines d'autres établissements bancaires en Suisse n'ont pas commis les mêmes erreurs. Il ne faut donc pas les pénaliser.

- Le Conseil fédéral veut corriger la révision du droit des actionnaires, déjà transmise au parlement. Certains parlent de conférer à l'assemblée générale des actionnaires le soin de se prononcer sur les salaires du conseil d'administration et de la direction.

- Nous sommes favorables à un rôle accru des actionnaires, mais l'assemblée générale n'est pas l'endroit où l'on dirige une entreprise. Nous sommes donc opposés à ce que les actionnaires fixent les enveloppes de rémunération. C'est au conseil d'administration d'assumer ces responsabilités, de fixer les salaires et d'en informer l'assemblée. Ce n'est pas parce que quelques conseils d'administration, en Suisse, ont opté pour un système de rétribution inopportun, qu'il faut remettre en discussion celui de milliers d'entreprises helvétiques. D'ailleurs, beaucoup de banques vont procéder d'elles-mêmes à des corrections.

- Pour ce qui est des violentes attaques du ministre allemand Peer Steinbrück, on entend davantage l'UDC...

- Ce n'est pas vrai. Nous sommes aussi intervenus. Peer Steinbrück peut raconter ce qu'il veut. Le problème ne vient pas du secret bancaire, mais des pays qui n'ont pas l'appui de leur population dans leurs choix fiscaux. L'Allemagne est de ceux-là. Peer Steinbrück a le droit de proposer ce qu'il veut à l'OCDE. Mais nous en faisons également partie et nous nous opposerons fortement à ses propositions.