Comment dénigrer le programme gouvernemental en faveur de la petite enfance, sans apparaître comme un rétrograde et un fossoyeur des crèches? C'est à cet exercice périlleux que s'est livré lundi soir le Parti libéral neuchâtelois, lors de l'ouverture du débat parlementaire consacré au développement des structures d'accueil de la petite enfance. Son porte-parole, le député Nicolas Aubert, a ainsi conclu son exposé: «Les libéraux sont favorables au développement de l'accueil de la petite enfance. Mais pas comme ça!» Auparavant, il avait tiré à boulets rouges sur le projet du conseiller d'Etat radical Thierry Béguin, qui souhaite généraliser les crèches dans le canton, professionnaliser l'encadrement, faire passer de 1200 à 2000, en cinq ans, le nombre de places offertes, et généraliser la seconde année d'école enfantine (Le Temps du 21 novembre et du 23 janvier).

Nicolas Aubert n'a trouvé que des défauts à un projet pourtant soutenu par les autres composantes du Grand Conseil: «Le programme n'est pas novateur, ne répond pas de manière efficace aux besoins, n'associe pas les patrons pourtant prêts à collaborer, ne traite pas de l'harmonisation des horaires scolaires et professionnels.» Le libéral a encore regretté que l'Etat n'exprime aucune reconnaissance envers les femmes qui restent au foyer pour élever leurs enfants et n'adapte pas sa fiscalité en faveur des familles.

«Mémoire courte»

Après la litanie des reproches, Nicolas Aubert a fait dans la dérision, affirmant que les 40 millions prévus pour financer le programme ne correspondent pas à la réalité. «On ne table que sur 2000 places dans les crèches, alors que la loi permettra aux 12 000 petits Neuchâtelois de 0 à 6 ans de les fréquenter. J'ai compté que cela coûterait 91 millions aux communes et 26 millions au canton. Par an!»

«Notre canton a la mémoire courte, a surenchéri un autre libéral, Olivier Haussener. Où est notre volonté d'économie? On crée de nouvelles tâches étatiques alors qu'il faut les rationaliser.» Et de regretter le report du gros de la facture sur les communes, puis de dénoncer un «marketing électoral juste avant les élections»!

La mise en scène libérale a ensuite amené sur le devant de la scène Ursula de Meuron: «Je suis mère de quatre filles. Les enfants sont la plus merveilleuse des richesses. Pourquoi vouloir séparer les enfants de leur mère et les placer dans des ghettos?»

Les libéraux sont seuls à exiger le renvoi du projet. La gauche unanime et les radicaux voteront ce mardi le programme de Thierry Béguin.