Ivan Slatkine a piqué la droite genevoise en pleine torpeur estivale. En affirmant, hier dans nos colonnes, que l'Entente doit faire alliance avec l'UDC si elle veut renverser la majorité au Conseil d'Etat en 2009, le chef de groupe libéral au Grand Conseil a suscité des réactions chez les cousins de l'Entente, mais aussi au sein de son parti, pour l'heure flou sur sa stratégie par rapport à l'UDC.

«On a de la peine à suivre»

Le PDC, dont l'assemblée des délégués a voté le 25 juin contre une alliance avec l'UDC, regarde son allié libéral avec perplexité. «Un jour, on nous parle de fusion libérale-radicale au plan national, et le lendemain, un éminent libéral tend la main à l'UDC et assure qu'il faut créer une UMP à Genève. Où est le cap? On a de la peine à suivre», commente Fabiano Forte, président du PDC.

Le chef de file est convaincu que son parti a déstabilisé les libéraux en prenant très vite position sur la question qui se pose à chaque élection genevoise. L'assemblée des délégués a tranché quelques jours après l'annonce de la candidature UDC du député et conseiller national Yves Nidegger au Conseil d'Etat. «Ce qui dérange, c'est le fait que nous ayons pris position de manière claire. Je comprends que les libéraux se comportent comme des grands frères avec ses alliés, mais cette année, c'est le PDC qui préside l'Entente. Et nous ne voulons plus courber l'échine», prévient Fabiano Forte.

De leur côté, les radicaux ont posé des conditions à une alliance avec l'UDC: qu'elle apporte son soutien aux accords bilatéraux, qu'elle se montre favorable au dialogue social et qu'elle promette de ne plus franchir certaines limites dans ses affiches de campagne. «L'Entente n'a pas à s'élargir à un parti qui passe son temps à nous discréditer, notamment à Berne. Nous ne sommes pas prêts à vendre notre âme au diable», assure Hugues Hiltpold, président radical et conseiller national.

Un second candidat libéral

Ce dernier n'est «pas sûr que les propos d'Ivan Slatkine reflètent la position du parti. Les libéraux n'arrivent pas à se faire une opinion sur la question d'une alliance avec l'UDC, au point qu'ils ont sondé leurs membres sur leur site internet», relève-t-il.

Hugues Hiltpold se dit «serein» sur les chances de l'Entente d'obtenir la majorité au Conseil d'Etat, même sans l'UDC. A condition que les libéraux proposent un candidat, aux côtés du sortant Mark Muller, qui fasse l'unanimité au Parti libéral. «Au fond, le problème des libéraux est de trouver ce second candidat.»

«L'UDC doit évoluer»

Ce qui est sûr, c'est que le président des libéraux, Michel Halpérin, considère l'Entente comme la première priorité. Il ne ferme pas la porte à l'UDC pour autant. Un peu plus prudent qu'Ivan Slatkine, il glisse que «beaucoup de libéraux, dont moi, font le même constat: on gagne à quatre, alors que l'on perd à trois. Aucune formule à trois n'est satisfaisante en termes de résultat politique. La question est de savoir si on parviendra à se mettre d'accord sur quelque chose d'assez souple pour ne laisser personne de côté, mais d'assez précis pour être efficace.»

Si Michel Halpérin affirme que «les libéraux n'acceptent pas les anathèmes», il tient toutefois à souligner que, «si l'UDC a envie de travailler avec l'Entente, elle devra faire les bouts de chemin qui lui sont demandés». Allusion aux affiches de campagnes qui ont tant ému.