L'Ecole est décidément le débat phare à Genève. La preuve? L'initiative de l'Association Refaire l'école pour le maintien des notes à l'école primaire sera soumise au peuple prochainement. Le Département de l'instruction a déposé un contre-projet à cette initiative. Les radicaux ont proposé un copier-coller de la solution vaudoise à la guerre des notes. Quant aux libéraux, ils ont présenté jeudi le projet de loi qu'ils déposeront le 1er avril prochain.

Le président du Parti libéral, Olivier Jornot, avance deux raisons pour justifier la «solution» libérale à la guerre des notes: «Depuis plusieurs mois, le débat politique s'est focalisé sur les notes et est passé à côté du débat plus

essentiel sur la mission de l'école primaire. De plus, l'initiative d'ARLE causerait des dommages collatéraux en arrêtant le processus de rénovation. On ne peut pas figer un système dans la loi.»

Le projet libéral insiste sur la notion d'évaluation: des élèves, des réformes pédagogiques et des établissements. Pour ce qui est des élèves, c'est le retour de notes qui ne sont pas «rétrogrades», souligne la députée Janine Berberat, qui rappelle que 28 000 citoyens genevois ont demandé qu'elles soient toujours appliquées. Concrètement, les libéraux veulent des notes certificatives allant de 1 à 6 dès la troisième année primaire, mais jugent toujours utiles les appréciations sur les résultats des élèves. Ils plaident aussi pour le livret scolaire, censé informer les parents tous les trimestres. Pour les savoirs de base que sont lire, écrire et compter, des notes éliminatoires sont introduites: il faut avoir 4 dans chacune des trois disciplines pour pouvoir passer du deuxième au troisième cycle et de l'école primaire au cycle d'orientation.

Contrairement à l'initiative d'ARLE, qui plaide pour des cycles annuels, les libéraux optent pour trois cycles primaires de deux ans. Ils rejoignent en ce sens le contre-projet du conseiller d'Etat Charles Beer. La députée libérale Janine Hagmann s'en explique: «Dans un canton comme Genève, où Claparède a créé la Faculté des sciences de l'éducation au début du XXe siècle, nous ne pouvons pas jeter toutes les innovations pédagogiques aux oubliettes. Le cycle de deux ans est la règle dans la majorité des autres cantons. Les cycles annuels proposés par ARLE sont trop contraignants. Cela dit, pour que les objectifs soient fixés sur deux ans, il faut que l'enseignant soit le même durant tout le cycle.»

Par ailleurs, des épreuves communes sont organisées à la fin de chaque cycle dans les trois disciplines de base. Le projet de loi tend aussi à donner une réponse plus convaincante à la question du redoublement, qui est souvent restée floue. En bref, la promotion à un autre cycle n'est pas automatique. Une prolongation de cycle d'une année peut être envisagée ou, si l'élève est en grande difficulté, il peut être décidé de faire recommencer un cycle dès la fin de la première année. Mais, s'empressent de préciser les libéraux, il n'est pas question de redoublement dans la mesure où l'élève n'aurait pas à refaire tout le programme. A l'inverse, un élève doué doit avoir la possibilité de raccourcir la durée d'un cycle.

Le projet de loi présenté jeudi n'aborde pas la question des projets d'école, l'un des éléments forts de la rénovation du primaire. Les libéraux ne s'opposent pas à une certaine autonomie des écoles, mais ils mettent en garde. Olivier Jornot précise que celle-ci est un principe pédagogique qui n'est pas à remettre en question. «Toutefois, il faut que les conditions de promotion soient identiques dans tous les établissements.» En ce sens, le parlementaire Pierre Weiss estime nécessaire de comparer les résultats des épreuves communes des différentes écoles.

Le débat sur l'Ecole genevoise va se poursuivre en commission de l'enseignement du Grand Conseil. Encore quelques passes d'armes en perspective.