La paix du gouvernement genevois est menacée. Mécontents du travail budgétaire mené par le nouveau Conseil d'Etat à majorité de gauche, les libéraux passent à l'attaque. Leur cible: le projet de budget 2006 de l'Etat, amendé par le gouvernement, que la commission des finances devrait voter aujourd'hui. Et plus précisément les mécanismes salariaux de la fonction publique, qu'ils fustigent.

A la veille du vote, les libéraux se tenaient prêts à dégainer leur rapport de minorité justifiant le rejet du budget 2006, dont le déficit s'élève à 305 millions. Malgré le fait que l'un des leurs siège au Conseil d'Etat: le ministre Mark Muller.

Chef de groupe libéral au Grand Conseil, Pierre Weiss estimait hier «probable que nous refusions le budget. Au minimum, on s'abstiendra». Pour les libéraux, trois points sont problématiques. D'abord, le plan de mesures d'économies du gouvernement, présenté en mars, n'est toujours pas chiffré. «Nous sommes dans le bleu», affirme Pierre Weiss. Ensuite, le plan financier quadriennal «a été abandonné».

Sans mécanismes salariaux

Mais surtout, les libéraux ne veulent pas entendre parler des mécanismes salariaux de la fonction publique. En mars, le Conseil d'Etat s'était engagé à les remettre partiellement en œuvre pour 2006, dans la perspective de négocier le statut de la fonction publique avec le Cartel. Coût de cette mesure: 17 millions pour 2006 et 55 millions pour 2007. En commission des finances, les libéraux demanderont donc à leurs cousins de l'Entente de voter contre.

Mardi, seule l'UDC partageait la position de rupture des libéraux. Radicaux et PDC affirmaient soutenir le budget 2006. Tout comme les Verts et les socialistes. Aucun de ces partis n'envisageait de finir l'année sous le régime des douzièmes provisoires (ndlr: division en douze tranches du budget de l'année précédente).

«Tir en rafale» au parlement

Qu'à cela ne tienne: les libéraux n'en sont qu'au début de leur fronde, prévient Pierre Weiss: «Le parlement subira jusqu'à la fin de l'année un tir en rafale de motions et projets de loi libéraux!» D'ailleurs, jeudi déjà, deux textes seront déposés: une motion, qui vise à renforcer les règles de gouvernance au sein de l'Etat, pour éviter que des audits se perdent dans la nature, comme ce fut le cas dans «l'affaire de l'Uni». «Nous proposons que ces manquements soient sanctionnés», explique l'élu Olivier Jornot.

Autre salve: un projet de loi exigeant que le Conseil d'Etat ne puisse plus présenter une position différente de celle du Grand Conseil lors de votations, comme ce fut le cas pour le frein au déficit. Et, lance Pierre Weiss, «dès 2007, nous serons d'une rigueur impitoyable».