En choisissant de servir sa riche commune d'Auvernier et de délaisser précipitamment le Parti libéral PPN qu'il préside depuis trois ans (Le Temps du 23 juin), Pierre de Montmollin a laissé éclater au grand jour les difficultés qui minent le principal parti de la majorité de droite neuchâteloise. En plus de revers électoraux, le parti est tiraillé entre son aile humaniste et centriste, et son aile proche des milieux économiques. Ses positions internes divergentes sur la péréquation intercommunale et la fiscalité en attestent.

Avant de lever les voiles, Pierre de Montmollin souhaitait tracer la voie: «Pour empêcher la gauche de prendre le pouvoir dans le canton, nous devons défendre des positions bien marquées à droite. L'économie compte sur nous.» Les libéraux tenaient aussi compte de la menace du lancement d'une section UDC à Neuchâtel, qui risquait d'empiéter sur leurs plates-bandes.

Renversement de situation cette semaine! De section neuchâteloise UDC, il n'y aura probablement pas. L'offensive, par le biais d'un mouvement de jeunes, a fait long feu. Le nom de Walter Willener, souvent cité pour lancer un parti UDC, doit également être oublié. Le député radical d'Auvernier quittera la Chambre neuchâteloise d'agriculture et de viticulture, pour devenir directeur de l'Association des groupements et organisations romandes de l'agriculture (Agora). Avec pour conséquence la mise en veilleuse de ses activités politiques.

Une humaniste

Vendredi matin, le bureau du Parti libéral a décidé de proposer, pour succéder à l'encaveur de Montmollin, Thérèse Humair, 55 ans, députée de Fleurier, qui s'est fait apprécier en dirigeant avec maestria le Grand Conseil l'an passé (Le Temps du 17 mai 1999). Elle n'est pas la présidente aux positions tranchées à droite qu'imaginait Pierre de Montmollin. Cette Zurichoise d'origine, élevée dans la banlieue bernoise, installée dans le Val-de-Travers depuis 1972, fait partie des humanistes du parti, à l'instar du conseiller d'Etat Jean Guinand, du conseiller national Rémy Scheurer ou du président du groupe parlementaire Michel Barben. Ainsi, s'ils accordent leur confiance le 24 août à Thérèse Humair, les libéraux neuchâtelois feront clairement le choix du centre, de l'ouverture et du consensus. Certes, une présidente n'incarne pas, à elle seule, la ligne d'un parti. Il n'empêche, à huit mois des élections cantonales, les libéraux se positionnent, brûlant peut-être la politesse aux radicaux qui risquent d'être contraints de pagayer résolument à droite.

La dévouée et bûcheuse Thérèse Humair n'aura guère de temps pour prendre ses marques. Elle devra définir un programme susceptible de maintenir les positions chancelantes de son parti et vérifier que le tandem de candidats au Conseil d'Etat soit capable de s'imposer en avril 2001. La paire sortante Hirschy-Guinand fera-t-elle toujours l'affaire? Elle correspond certes à la ligne politique de la nouvelle présidente. Mais pas forcément à son slogan: ouverture et relève. A 57 ans, Jean Guinand pourrait être invité à céder sa place à un plus jeune.