L'image fera date. Pour la première fois à Neuchâtel, des représentants du Parti libéral, du Parti radical et des Démocrates du centre se sont retrouvés pour défendre un projet commun. Réunis à l'initiative de la Chambre du commerce et de l'industrie (CNCI), c'est côte à côte que Rolf Graber (Lib/PPN),

Raphaël Comte (PRD) et Walter Willener (UDC) ont lancé la campagne en vue des votations cantonales du 28 mars prochain. Avec un objectif: inciter les Neuchâtelois à mettre un terme à «l'enfer fiscal actuel» en disant «oui» à l'initiative de la CNCI et au contre-projet parlementaire qui lui a été accolé. Ils ont en outre appelé à refuser l'initiative socialiste pour une contribution éducative, à accepter le contre-projet du Grand Conseil et à refuser le projet d'assurance maternité cantonale (lire encadré).

Président de la Chambre du commerce, Daniel Burki s'est félicité de cette première synergie des forces de droite, soulignant «qu'elle aurait été difficilement imaginable il y a trois mois encore». Interrogé sur la solidité d'un ménage à trois qui a connu quelques ratés ces dernières semaines, Raphaël Comte a précisé que «les partis bourgeois partagent la même conviction sur la fiscalité, mais, sur d'autres thèmes, il pourrait y avoir des alliances différentes». Avant de reprendre, comme pour justifier la démarche de son parti: «Si on a les meilleures idées sans obtenir une majorité, ça ne sert pas à grand-chose.»

Hormis quelques divergences de détail – les radicaux sont les seuls à préférer le contre-projet du Grand Conseil à l'initiative de la CNCI –, les trois hommes ont utilisé la même rhétorique. Pour Rolf Graber, «la baisse de la fiscalité est nécessaire, car elle va forcer le Conseil d'Etat à prendre des mesures structurelles. C'est indispensable pour que le canton retrouve une économie saine.» Walter Willener a, lui, évoqué «le choix fondamental» que constituera la votation du 28 mars pour l'avenir de la République: «Ce canton est malade dans ses finances, il a besoin d'un électrochoc. Cela pourrait mettre fin à la politique de consensus, mais si le consensus c'est de ne plus oser faire de choix, nous nous y opposons.»

Pour donner de la chair à ces propos, Daniel Burki a aligné les exemples afin de démontrer que le canton de Neuchâtel «vit au-dessus de ses moyens». «Nous payons en moyenne 27,2% d'impôts de plus que les contribuables des autres cantons. Si on souhaite garder les bons contribuables et en attirer d'autres, il faut remédier à cette situation.» Autre élément mis en évidence par le directeur de la CNCI: les dépenses de l'Etat et des communes «absorbent une part beaucoup trop importante» du revenu cantonal (PIB). Et de citer, en vrac, les transports (+ 882 francs de dépense par habitant que la moyenne suisse), la santé (+ 661 francs) ou la prévoyance sociale (+ 229 francs).

«Au total, si on les rapporte à la population du canton, les dépenses des collectivités publiques dépassent la moyenne suisse de 340 millions de francs, a estimé Daniel Burki. Si on considère que c'est en gros le potentiel d'économies du canton, une baisse des recettes de 80 millions de francs étalée sur trois ans (ndlr: soit le coût cumulé de l'initiative fiscale de la CNCI et du contre-projet pour une contribution éducative) est à notre sens tout à fait supportable.» L'hypothèse d'une acceptation des deux initiatives et de l'assurance maternité cantonale (soit un montant global compris entre 100 et 110 millions) inquiète Daniel Burki: «Ce n'est pas le cas de figure le plus probable, mais le risque zéro n'existe pas. Cela impliquerait, à n'en pas douter, une véritable révolution sur le plan politique.»

Un scénario catastrophe que le Conseil d'Etat craint par-dessus tout, lui qui doit déjà proposer un programme d'économies de 15 millions de francs d'ici au mois de mai. Pour le chef du gouvernement cantonal, Thierry Béguin, interrogé par Le Temps fin janvier, le premier effet à court terme serait de creuser «un déficit budgétaire abyssal». Une situation qui l'obligerait à «tailler dans le lard».

Le débat sera donc vif ces prochaines semaines entre la droite, un exécutif favorable à un quintuple refus et une gauche qui tient dur comme fer à son volet familial. «Nous répondrons à toutes les tentatives qui viseront à torpiller nos projets», avertit Daniel Burki.