«Il y a une trentaine d'années que j'entends parler d'une possible alliance, un jour, entre l'UDC et les libéraux suisses. Des discussions ont déjà eu lieu, mais aujourd'hui, à ma connaissance, elles sont au point mort», affirme le libéral vaudois Jean-François Leuba. «L'idée est sympathique mais elle n'a pour l'heure pas de consistance», commente l'UDC vaudois Marcel Blanc. Autre agrarien vaudois, Guy Parmelin ajoute, plus précis: «Il n'y a pas d'appel du pied des libéraux. Notre section n'a pas encore eu de débat de fond sur ce scénario. Mais cela pourrait bientôt venir.» Quant à la conseillère d'Etat libérale genevoise Martine Brunschwig Graf, elle ne cache pas son intérêt: «C'est un rapprochement possible si les deux partenaires ont la conviction de défendre les mêmes valeurs.»

Une alliance entre les deux familles est de plus en plus souvent évoquée pour faire pièce à la tendance blochérienne de l'UDC. Les sections dites modérées de l'UDC, dans les cantons de Berne, des Grisons, de Vaud et de Fribourg, pourraient créer un mouvement libéral proeuropéen en unissant leurs forces à celles des libéraux. Cette nouvelle droite siégerait au Conseil fédéral, avec Adolf Ogi pour la représenter, et les troupes de Christoph Blocher seraient rejetées dans l'opposition.

Toutes les personnalités interrogées s'accordent toutefois sur un point: rien ne se passera avant les élections fédérales de cet automne. «On fera le point après, et là, rien n'est exclu. Pour l'instant, toutefois, nous nous concentrons sur les élections et nous voulons les gagner, c'est tout», résume le président de la section bernoise de l'UDC, Rudolf Zesiger.

Juste un «refrain»?

Alors, un simple «refrain entonné par les journalistes», comme le claironne Jean-François Leuba? En fouillant dans leurs souvenirs, des libéraux et des agrariens se souviennent que l'idée a eu de chauds partisans dans les travées du Palais fédéral. Le conseiller national UDC Hans-Rudolf Nebiker, de Bâle-Campagne, avait pris l'initiative de discussions exploratoires. L'UDC vaudois Jean-Pierre Berger était un partisan convaincu du rapprochement. Plus récemment, après que ces deux politiciens ont renoncé à des mandats électifs, le Neuchâtelois Rémy Scheurer, conseiller national libéral, s'est fait publiquement l'avocat du rapprochement des deux familles au sein d'une nouvelle Union démocratique libérale. C'était au printemps 1998.

Les deux familles défendent des positions très similaires en matière économique, admet Jean-François Leuba. Et les sections modérées de l'UDC ne se reconnaissent pas dans le repli patriotique préconisé par Christoph Blocher. Dans les deux camps, on convient enfin que la complémentarité géographique des deux électorats plaide pour un rapprochement. Le Parti libéral suisse est presque exclusivement implanté en Suisse romande, dans les cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel. L'UDC est surtout un parti alémanique, avec l'exception que constitue sa section vaudoise représentée au gouvernement cantonal. Sauf dans ce canton, les deux formations se feraient peu de concurrence si elles fusionnaient dans un mouvement national unique.

Nombreux obstacles

Les obstacles sont pourtant nombreux. A commencer par la séduction exercée par Christoph Blocher sur l'électorat UDC dans les campagnes bernoises. C'est différent dans le canton de Vaud, où le style de Blocher agace les militants de l'UDC. En revanche, des paysans vaudois fidèles au parti agrarien soutiennent Blocher dans son combat contre l'Europe. «Si notre section organisait un vote sur l'adhésion à l'UE aujourd'hui, ce serait à coup sûr non, et nettement», assure Guy Parmelin, candidat au Conseil national. Les fortes baisses de revenu déjà subies par les paysans suisses leur font perdre toute raison d'espérer et Bruxelles n'annonce que de nouveaux sacrifices. «Pour un paysan, voter l'adhésion équivaut à mettre sa tête sur le billot et payer la hache à son bourreau», déclare l'UDC vaudois. C'est dire si les fronts ne sont pas homogènes. On est loin de la coupe aux lèvres.