Arrêté par surprise début juillet à Berne, l'ancien ambassadeur de Suisse au Luxembourg, Peter Friederich, est libre – mais pas complètement. Soupçonné d'avoir blanchi de l'argent de la drogue, il a dû remettre ses documents d'identité aux autorités, a l'interdiction de quitter le territoire suisse et devra se présenter dans un poste de police toutes les deux semaines. Le diplomate est resté en détention 38 jours après avoir utilisé l'un de ses comptes luxembourgeois pour transférer plus d'un million de francs à des personnes soupçonnées de trafic de drogue, sur des comptes ouverts en Suisse et dans d'autres pays.

L'argent douteux avait été remis à Peter Friederich au Luxembourg, via un intermédiaire, par un ressortissant espagnol qui a été incarcéré au début de l'année dans son pays, au cours d'une enquête sur un trafic de drogue international. Il s'agirait «d'un trafiquant de drogue ou à tout le moins d'un blanchisseur de l'argent de la drogue, expliquent des sources proches de l'enquête. C'est en tout cas comme cela qu'il est présenté par les autorités espagnoles.» Après avoir été libéré à la fin de sa période de détention préventive, cet homme se trouve actuellement sous contrôle judiciaire en Espagne. Peter Friederich s'est engagé à ne pas tenter d'entrer en contact avec lui ou avec d'autres protagonistes de ce dossier.

Provenance «pas établie»

Pour le nouvel avocat du diplomate, le Genevois Dominique Warluzel, la provenance de l'argent remis à son client n'est encore «pas établie» – et donc, Peter Friederich n'avait «aucun moyen» de se douter que l'argent qu'il acceptait afin de le gérer provenait d'un crime. En revanche, l'avocat admet que Peter Friederich n'avait pas demandé l'autorisation du Département fédéral des affaires étrangères pour pratiquer la gestion de fortune à côté de son travail de diplomate. «Mais c'est une simple légèreté administrative, pas un délit.» Pour l'heure, bien que suspendu de ses fonctions, Peter Friederich continue de percevoir son salaire de diplomate.