Selon que l’on juge favorables ou défavorables les effets de la libre circulation des personnes, on interprétera les statistiques officielles dans un sens ou dans l’autre. Sans surprise, l’UDC livre une analyse diamétralement opposée à celle de l’administration des chiffres recensés depuis l’entrée en vigueur de ce mécanisme migratoire simplifié pour les Etats de l’UE et de l’AELE en 2002. Là où le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) a vu, dans son rapport publié le 4 juillet, des effets «dans l’ensemble positifs», l’UDC observe des effets «dans l’ensemble négatifs, voire fortement négatifs». Ce diagnostic s’inscrit dans la logique de sa stratégie, le parti étant en train de préparer une initiative populaire qui demandera l’abolition de la libre circulation.

Tableau comparatif

L’UDC a présenté jeudi un tableau comparatif dont l’objectif est de démonter l’approche du Seco. Le rapport de ce dernier constate que la progression de l’immigration en provenance des pays européens, avant tout professionnelle, «complète dans une large mesure le potentiel d’actifs et ne le remplace pas», ce qui signifie que «la population active résidante n’a pas été poussée à l’inactivité». L’UDC dit le contraire: pour le parti, le simple fait que le taux de chômage soit aujourd’hui plus élevé qu’avant 2002 suffit à conclure qu’il y a un «effet d’éviction». Le rapport du Seco reconnaît pourtant que de telles situations peuvent se présenter et génèrent «des frustrations difficiles à supporter». Quant à l’UDC, elle laisse de côté les autres indicateurs du marché du travail, comme l’évolution du nombre d’emplois.

L’effet du franc fort

Plus loin, l’UDC reproche au Seco d’ignorer les conséquences de celle-ci sur les infrastructures – «Les trains sont bondés et les automobilistes sont bloqués dans des bouchons», martèle le chef du groupe parlementaire, Adrian Amstutz –, les places d’études, les hôpitaux, les loyers, les charges des institutions sociales. Le parti souligne que, si les immigrés contribuent au financement de l’AVS et de l’assurance chômage, ils vont en alourdir les charges lorsqu’ils arriveront à la retraite ou tomberont au chômage. L’UDC estime en outre qu’on ne saurait parler de succès tant et aussi longtemps que la migration en provenance des pays de l’Est, notamment de Roumanie et de Bulgarie, n’est pas maîtrisée. Elle s’appuie sur le fait, reconnu par le Seco, que le Conseil fédéral a actionné la clause de sauvegarde pour ces deux pays.

Constat nuancé

Pour Adrian Amstutz, «il n’y a pas de rapport entre le développement économique de la Suisse et l’immigration». Il faut s’attendre à une recrudescence de la vague migratoire en provenance du Sud et de l’Est européen, avertit-il. Le Seco présente un constat plus nuancé. Il reconnaît que la situation économique des pays de départ joue un rôle. Cela explique le fort recul de la demande en provenance du Portugal, d’Espagne et d’Allemagne. Il considère cependant que l'«évolution économique globale de la Suisse» agit sur ces mouvements migratoires. ll en veut pour preuve que l’affaiblissement conjoncturel provoqué par le franc fort a réduit le solde migratoire à partir de 2015.