L’UDC n’a pas lésiné sur les images et les paroles fortes pour lancer sa campagne en faveur de son initiative pour résilier l’accord de libre circulation des personnes (ALCP) avec l’UE: un postérieur aux couleurs européennes assis sur la Suisse et l’écrasant de tout son poids. «Trop c’est trop, s’est insurgée sa vice-présidente, Céline Amaudruz: trop d’immigration, trop de bétonnage, trop de bouchons sur les routes, trop de chômage et trop de criminalité.»

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Le 9 février 2014, l’UDC avait défait le Conseil fédéral à la surprise générale en faisant approuver son initiative «Contre l’immigration de masse» à une majorité de 50,3%. Mais à l’époque, son texte n’était pas aussi clair et laissait planer l’incertitude concernant la mise en œuvre. Revenant à la charge, l’UDC ne donne cette fois-ci qu’un an au Conseil fédéral pour renégocier l’accord avant de devoir le résilier en cas d’échec.

«L’UE serait bête»

Les opposants y voient là une «mission impossible» et redoutent la fin de la voie bilatérale, l’ALCP étant lié par une clause guillotine à six autres accords dans le cadre d’un premier paquet conclu en 1999. Mais l’UDC reste sereine. Elle est persuadée que Bruxelles n’a pas intérêt à les laisser tomber. «Si l’UE actionne la clause guillotine, alors elle est bête», affirme son président, Albert Rösti. Même dans cette hypothèse, il ne craint pas le scénario catastrophe. «Ces six accords profitent moins à la Suisse que l’ALCP nuit à notre pays.».

Car la libre circulation des personnes, c’est «l’apocalypse au ralenti», prédit Céline Amaudruz: une Suisse surpeuplée qui comptera bientôt 10 millions d’habitants; une densification équivalente à la disparition de 57 000 terrains de football; du temps (70 ans par année en temps cumulé) perdu sur les routes en raison des bouchons; et enfin une pression sur les salaires, surtout dans les régions transfrontalières comme le Tessin: «Le risque de tomber dans la pauvreté a passé de 20% à 30% dans mon canton et le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale a doublé», a encore asséné le conseiller aux Etats Marco Chiesa, qui devrait devenir le futur président de l’UDC.

On le voit, le plus grand parti de Suisse attaque sur tous les fronts dans la posture qu’il préfère: celle de David contre Goliath. Surprise: en l’occurrence, Goliath, ce n’est pas l’Europe, mais l’association faîtière Economiesuisse, «la voix des grandes entreprises multinationales». Assurément, l’UDC aimerait beaucoup se faire l’avocate des PME, qui sont le véritable moteur de l’économie helvétique. Mais cette fois, leur association, soit l’USAM, a clairement pris position contre l’initiative. En 2014, alors que Jean-François Rime en était encore le président, elle s’était abstenue.

La voix dissidente de Peter Spuhler

Si l’UDC adore se retrouver «seule contre le reste du monde», en revanche elle n’apprécie pas les voix dissidentes en son propre sein, surtout celle de l’entrepreneur à succès Peter Spuhler, le CEO de Stadler Rail. L’homme qui a fait renaître l’industrie ferroviaire en Suisse juge non seulement cette initiative «extrêmement dangereuse», mais il a décidé de s’engager dans la campagne. C’est ainsi qu’il organise une manifestation publique dans ses ateliers avec, comme oratrice, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. Interrogé à ce propos, le président sortant de l’UDC, Albert Rösti, cache mal son embarras: «Peter Spuhler vend ses trains à des pays de l’Europe de l’Est qui ont besoin de la libre circulation», répond-il laconiquement. Peut-être, mais il a créé au total 10 000 emplois dont un peu moins de la moitié sont en Suisse.

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Dans le camp des adversaires de l’initiative, le Conseil fédéral tient à laver l’affront de 2014 et se mobilise comme jamais. Pas moins de quatre conseillers fédéraux participent activement à la campagne: Karin Keller-Sutter bien sûr, qui est chargée du dossier, mais aussi Alain Berset – qui sera à Payerne –, Ignazio Cassis au Tessin notamment, et la présidente, Simonetta Sommaruga. Dernier sujet d’irritation pour l’UDC: l’un de ses deux conseillers fédéraux, le ministre de l’Economie, Guy Parmelin, a fait savoir dans la NZZ am Sonntag qu’il se montrerait collégial en combattant l’initiative, ce qui lui a valu une volée de bois vert dans son parti.