Dans un rapport publié mardi dernier, la Cour des comptes a estimé que le conseil d’administration (CA) de Genève Aéroport avait jusqu’ici mal joué son rôle de surveillance stratégique en matière de projets d’infrastructures.

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Eric Stauffer siège au «board» de Cointrin, lequel se réunit en principe dix fois par an. L’ex-tribun MCG devenu indépendant dénonce aujourd’hui les «vieilles mentalités» qui ont longtemps gangrené et continuent parfois de nuire à la plateforme genevoise. A commencer par les «non-dits» des responsables opérationnels de Cointrin. «La direction [ndlr: André Schneider reprend les rênes du tarmac cet automne] s’est toujours comportée comme un petit Napoléon, considérant que le CA n’était pas un véritable organe de décision, mais plutôt un fardeau à éviter», estime-t-il. Interpellées, les personnes directement visées pas la critique n’ont pas réagi.

Organe routinier, endormi et mal informé?

Selon Eric Stauffer, la gouvernance de Genève Aéroport a aussi longtemps eu les caractéristiques d’une chambre d’enregistrement où, par crainte de passer pour l’idiot de service, personne n’osait lever le doigt trop haut. «Entre ceux qui ne lisent pas les documents fournis lors des séances, et ceux qui les consultent mais n’y comprennent rien, chacun s’était habitué à suivre les recommandations du bureau du Conseil, sans poser les questions qui dérangent», indique-t-il.

La présidente de la plateforme Corine Moinat est la cheville ouvrière d’une réforme visant à doter Genève Aéroport «d’une gouvernance digne de ce nom», selon l’objectif que lui a fixé son département de tutelle lors de sa nomination en janvier 2015. Elle se dit «surprise par les commentaires d’un administrateur élu de longue date et ne participant pas régulièrement aux réunions du CA». «Je ne viens que pour les enjeux importants et autres votes sensibles, où les majorités ne sont pas claires, et pas pour les jetons de présence, contrairement à d’autres», se défend Eric Stauffer.

Depuis un peu plus d’un an, ce dernier constate cependant un profond changement. «On a enfin quitté l’ère de la stratégie à l’aveugle menée par certains ministres genevois peu disponibles et ne comprenant rien au tarmac», indique-t-il. Bien qu’encore inaboutie, la version 2.0 du CA de Genève Aéroport fonctionnerait déjà mieux. «De manière satisfaisante», précise l’ex-élu MCG. Mais de loin pas optimale, malgré un nouveau règlement d’organisation et de gouvernance, introduit le 2 février dernier et qui se veut évolutif.

Les urnes ont parlé à deux reprises

Parmi les sources d’incuries toujours d’actualité: la politisation de l’instance de contrôle. Cette dernière recense 20 membres, dont la moitié – avec la représentante de France voisine - est là en raison de sa charge partisane. «Genève Aéroport est une réplique miniature du Grand Conseil. C’est une cour d’école en puissance, où les débats s’éternisent au détriment de l’efficacité», relève l’ancien député MCG, tout comme d’autres membres du CA, sous couvert d’anonymat. Et ce dernier d’annoncer: «Je souhaite déposer un projet de loi pour modifier la composition des conseils d’administration des grandes régies. Il faut empêcher les doubles mandats d’administrateur et de député ou de conseiller municipal»

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Etonnant, venant de celui qui a inspiré le projet de loi «anti-Stauffer», finalement rejeté par le peuple en 2012. A l’origine du texte: le canton, qui souhaitait éviter que d’autres fuites de CA ne se reproduisent. Comme à cette époque, où l’ancien patron du MCG, alors administrateur des Service industriels de Genève (SIG), avait divulgué des données confidentielles relatives à l’organe chargé de piloter l’institution. C’est au total à deux reprises, que le gouvernement genevois a échoué face aux urnes, dans sa tentative de resserrer et de professionnaliser la gouvernance de ses régies.

Régie publique, mais pas trop publique

«Avec le recul, je réalise qu’une tutelle politique permanente peut être désastreuse», signale aujourd’hui Eric Stauffer. De son côté, Tibère Adler, directeur romand d’Avenir Suisse et cofondateur du Swiss Board Institute, n’est pas nécessairement en faveur d’une dépolitisation des CA. «A condition que les administrateurs se montrent redevables à l’entreprise, pas envers des électeurs. Mais s’ils n’agissent pas dans le meilleur intérêt de cette dernière à cause de leur engagement politique, le conflit rend incompatibles les deux fonctions», explique-t-il.

Quoi qu’il en soit, l’État ne doit pas forcément prendre ses distances. «Il n’a pas à rester inactif dans le cas de Genève Aéroport. Car il est légitime de piloter ce que l’on possède. Mais en nommant par exemple des administrateurs – même amateurs – sur la base de critères qualitatifs liés aux compétences recherchées, plutôt que d’offrir un siège à n’importe qui, juste pour respecter des quotas», souligne-t-il.

Genève Aéroport souffre également d’un autre mal. «Vingt administrateurs, c’est trop», résume Tibère Adler. La diversité des profils qui composent un «board» est gage de bon fonctionnement. Toutefois, lorsque ce dernier est pléthorique, la quantité peut devenir une source potentielle de lenteurs et d’inefficience. «Il faudrait moins de monde et plus de temps pour réfléchir à une bonne stratégie», conclut-il.