LAMAL

L’idée d’une franchise maladie à 10 000 francs allume le feu

La patronne de l’assurance CSS a déclenché un tsunami de protestations. Le système est grippé, mais la potion proposée ne passe pas

Les propositions extrêmes servent habituellement à tester l’opinion, ballons d’essai lancés au conditionnel, réflexions à voix haute pour tester la température. A quoi donc s’attendait la patronne de l’assurance CSS en envisageant dans le dernier SonntagsBlick que la franchise actuelle la plus élevée de l’assurance obligatoire à 2500 francs soit portée à 5000 voire 10 000 francs?

Pour Philomena Colatrella, cela permettrait mécaniquement de faire redescendre les primes mensuelles d’environ 170 francs par personne. De quoi selon elle mettre fin à la hausse continue des primes année après année, d’autant qu’un «coussin social» amortirait le choc pour les assurés les moins fortunés. «Il faut des idées nouvelles», martèle-t-elle. Seulement voilà. On a beau chercher, dans le torrent de commentaires qui a suivi son interview, rares sont ceux qui ne relèvent pas du refus net, frontal et brutal, du PS à l’UDC en passant par des milliers de Suisses qui ont déversé leur colère sur les réseaux sociaux – 3500 commentaires sur le seul article de 20 Minuten, c’est énorme!

De 12 à 30 milliards

On le sait, les coûts à la charge de l’assurance de base ont grimpé de 12 milliards en 1996 – date de l’entrée en vigueur de la LAMal – à 30 milliards en 2016. Les Suisses paient plus qu’ailleurs en Europe. Et l’on considère que 20% de la population hésite avant d’entreprendre certains soins, en raison des franchises trop hautes. Mais le système a beau être grippé, la potion de la CSS ne passe pas pour autant. «Une franchise à 10 000 francs, et ce n’est hélas pas un poisson d’avril. #nonmaisçavalechalet», proteste l’ex-conseiller national socialiste Jean Christophe Schwaab sur Facebook, appuyé par ses abonnés: «Autant ne pas avoir d’assurance dans ce cas», commente l’un; «ce qui revient à une levée de l’obligation de s’assurer en gros», ironise l’autre. «La première cause de paupérisation ne va bientôt pas être les divorces mais le coût de la santé publique», estime une troisième.

Proposition «irréaliste»

Du côté du PLR, le Valaisan Philippe Nantermod, tout en estimant qu’il y a matière à réflexion, explique au Matin qu’on «ne peut pas introduire comme ça de telles franchises, au risque que les gens n’aient pas les moyens ensuite de payer. Cela n’est pas possible sans mesures d’accompagnement.» Sa collègue de parti, Regine Sauter, n’imagine pas une hausse supérieure à 100 ou 200 francs de la franchise minimale. Enfin, tout à droite, l’UDC Heinz Brand juge la proposition «irréaliste» dans l’Aargauer Zeitung. Pour lui, «cela provoquerait probablement un soulèvement populaire». Lui milite pour une hausse de la franchise minimale de quelques centaines de francs et pour de nouvelles franchises optionnelles allant en effet jusqu’à 5000 francs, afin de réduire l’augmentation des primes.

«Une mégapixels manif»

C’est sur la page Facebook du groupe Lutte contre l’augmentation des primes d’assurance maladie qu’on trouve le plus de commentaires outrés. «Il faut lancer une initiative afin que l’on ne paie pas plus de 7% du revenu pour les primes maladie. Ce qui avait été annoncé lors de la proposition de la LAMal au peuple», rappelle un internaute. «Avec une telle franchise, à quoi servira une assurance maladie? Il faudra vraiment de très gros problèmes de santé pour y arriver», constate un autre. «On va dans un mur et c’est pourquoi nous nous réveillons et organisons une mégapixels manif où tout le monde sans exception en Suisse devrait sortir de chez lui pour dire #StopLamal tu exagères!» dénonce Joëlle Combremont, l’une des deux Genevoises à l’origine du groupe.

Car, oui, le 26 mai est organisée une manifestation à Genève et à Bienne contre la hausse des primes maladie. Et des bonnes volontés sont appelées à répliquer l’événement à Lausanne, Neuchâtel et ailleurs. Un autre ballon d’essai.


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