VAUD/GENÈVE

L'idée d'une fusion entre Vaud et Genève est enterrée pour longtemps

De part et d'autre de la Versoix, quatre électeurs sur cinq l'ont sèchement signifié: «On ne touche pas aux identités cantonales». Satisfaits, les gouvernements des deux cantons poursuivront sur la voie des collaborations ponctuelles. Ils se rencontrent aujourd'hui.

Vaudois et Genevois n'entendent pas se fondre dans un grand canton lémanique. Ils l'ont dit haut et fort aux militants de l'«Union Vaud-Genève». L'idée lancée comme une provocation voici quatre ans par les anciens conseillers d'Etat Philippe Pidoux (VD) et Bernard Ziegler (GE) a été renvoyée sans hésitation au fond d'un tiroir.

A Genève, où la participation a été de 51,6%, l'initiative «Oui à la région» a été refusée par 85 623 voix contre 21 435, soit par 80% des votants. Elle a fait à peine mieux dans le canton de Vaud où la participation a été de 48,6%, récoltant 133 131 non pour 38 974 oui, soit un refus à 77,35%. Au nord du Léman, la preuve est faite que si les cantons deviennent effectivement des entités trop petites pour assumer seuls toutes leurs tâches – santé ou formation en tête – l'adaptation passe par des collaborations ponctuelles et des petits pas, non par une fusion inspirée des multinationales.

Un résultat à vrai dire tellement prévu et attendu qu'on ne s'est guère bousculé pour le commenter. Responsable de la campagne à Genève, Pierre Maudet se trouvait bien seul à l'Hôtel de Ville dimanche après-midi, tentant de ne pas paraître abattu: «Nous avons tout de même obtenu près de 20% des suffrages. Je ne considère pas ce résultat comme une défaite.» Son bilan? «Nous sommes dans la cible, compte tenu du contexte. Nous avions contre nous l'ensemble des autres partis, les gouvernements et les parlements vaudois et genevois, sans compter l'inertie générale. C'était un peu David contre Goliath.» Parmi les rares politiques présents dans la salle des Pas-Perdus, le libéral genevois Jacques-Simon Eggly commente l'accueil fait à l'initiative: «Le résultat doit nous faire réfléchir à des articulations régionales, qui incluent les régions frontalières.»

Du côté du Conseil d'Etat, la présidente du gouvernement, Micheline Calmy-Rey, estimait que le grand défaut du projet était de ne pas tenir compte du voisin français: «Or, sans lui, je ne vois pas de développement possible pour notre canton.» Carlo Lamprecht, tout en relevant le mérite «d'un débat sur la structure politique de la Suisse», ne cachait pas sa satisfaction: «Sur le plan fédéral, la fusion aurait créé un déséquilibre.»

Côté vaudois – où il a fallu attendre 19 h 20 pour avoir le résultat définitif –, aucun partisan de la fusion ne s'est seulement déplacé pour un commentaire. Au téléphone, François Cherix persistait à se dire «serein», estimant qu'«il fallait porter ce débat par une votation». Militant désormais pour un «observatoire des régions», le mouvement qu'il préside n'entend pas disparaître, mais il admet que «le travail de construction du débat sera long et ardu». Du côté des opposants, le député Olivier Feller était presque surpris par l'ampleur du score: «Au-delà de tous les arguments rationnels, je crains qu'il ne comporte une part de rejet de l'autre.» Pour le président du Conseil d'Etat vaudois, Charles-Louis Rochat, «les deux peuples ont voulu maintenir leur identité cantonale, ce qui ne met pas en cause notre politique d'ouverture». Les cantons savent que la Confédération est portée à exiger d'eux non seulement des collaborations, mais des répartitions. Pour son collègue Pascal Broulis, «la politique des petits pas est la bonne». Il prône surtout des liens qui ne se tissent pas à l'échelle de deux cantons, mais à celle de toute la Suisse Occidentale, «y compris Bâle, Berne et Soleure».

Les partisans de la fusion ont quand même comme consolation de constater que «plus on est proches, plus on s'apprécie». Ils ont récolté 30,1% de oui dans la ville de Nyon, 26,6% à Gland et 26,1% à Lausanne. Le district de Nyon leur donne 28,4% de oui et celui de Rolle 27%. A l'inverse, et toujours côté vaudois, le Pays-d'Enhaut ne fournit que 12,81% de oui et celui de Payerne 13,65%.

Quant aux conseils d'Etat, tous deux passés récemment par l'épreuve des urnes, ils auront tout loisir de commenter ensemble le résultat. Ils se rencontrent ce lundi pour la première de leurs deux réunions annuelles habituelles. Infrastructures ferroviaires, recherches dans le domaine de la biotechnologie et avancement du transfert de l'école de pharmacie à Genève figurent notamment au menu.

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