«L’identité valaisanne est une fumisterie, entendez par là une machine à enfumer.» Le sociologue valaisan Gabriel Bender écarte sans sentiment l’existence d’une identité, certains diraient d’une âme cantonale. C’est une invention du système conservateur pour se succéder à lui-même, une construction qui permet de briser les velléités autonomistes, exclure qui n’entre pas dans le moule, affirme-t-il, convaincu que personne ne vit à l’échelle d’un canton.

Cette conviction, où il assure qu’il ne faut voir ni posture ni provocation, Gabriel Bender viendra la défendre, en voisin, devant le public de l’exposition «Y en a point comme nous», que le Musée romain de Lausanne consacre à l’identité vaudoise*.

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Cette exposition ne montre-t-elle pas pourtant que les clichés identitaires vaudois survivent sans peine à une société marquée par l’ouverture et les migrations? «Le rôle de l’identité collective comme facteur d’exclusion a été particulièrement fort en Valais», rétorque le sociologue. Basé sur l’agriculture, le tourisme et le pouvoir conservateur, le Valais a beaucoup joué de cette identité. Il en avait besoin, ne serait-ce que pour justifier sa différence. Le canton de Vaud, lui, de par sa centralité, n’en a pas besoin pour exister. Gabriel Bender ne voit d’élément positif dans la quête d’identité cantonale que si celle-ci se fait de manière ludique, que si l’on s’en amuse. Comme les Vaudois, au fond, avec leur «Y en a point comme nous.»

Cela étant, l’identité collective a peu d’intérêt pour les particularités individuelles, insiste Gabriel Bender, qu’il s’agisse d’orientation sexuelle, de croyance, de pratique culturelle, de classe sociale. «Ceux qui revendiquent l’identité collective rendent illégitimes les pratiques à la marge, la contre-culture, l’exploration.»

* Vaud vu du train et d’ailleurs

Mercredi 18 novembre à 18h00. Musée romain de Vidy, Lausanne

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