Le fils d’une famille pauvre. Un père garagiste qui a connu l’aide sociale. Non, Pierre-Yves Maillard ne se résume pas à cette partie de sa vie qui n’a duré que peu de temps. L’idée que ce moment soit à l’origine de son parcours ne tient pas. Il a été élu au gouvernement vaudois en 2004. Mais la vie de Pierre-Yves Maillard est jalonnée depuis 20 ans d’occasions saisies au vol, et aussi d’échecs: Conseil d’Etat, Conseil national, Conseil d’Etat à nouveau et – peut-être – Conseil fédéral. Le chef de la Santé et des affaires sociales s’est profilé à force de persévérance.

Né en 1968, ce passionné de football s’installe définitivement sur le devant de la scène vaudoise en 1997, à 29 ans. Après la démission du gouvernement du radical Jacques Martin, le Parti socialiste tente un coup de poker contre une autre radicale, Jacqueline Maurer-Mayor. La socialiste Francine Jeanprêtre se désiste et Pierre-Yves Maillard part au combat. En vain. Mais l’échec est une victoire, le premier tour s’est fini sur un ballottage.

«Un réel danger»

«Cette candidature, c’est tout Pierre-Yves!» se souvient Marlyse Dormond-Béguelin. L’ancienne conseillère nationale présidait le PS vaudois au début des années 90. «Il estimait qu’il fallait foncer, que le parti devait se profiler. Il fallait parfois le freiner.»

Dans le landerneau, il n’est pas inconnu à ce moment. Tour à tour secrétaire général de la Fédération des associations d’étudiants (FAE), moteur de la Jeunesse socialiste, conseiller communal et président du PS lausannois, cet enseignant adapte son discours à son public. «Il était un réel danger face à moi», se souvient Jacqueline Maurer-Mayor. «On repérait cette fibre de la bête politique.»

Il s’était rapproché une première fois du pouvoir en devenant le collaborateur personnel du conseiller d’Etat Jean Jacques Schwaab. «J’avais besoin, pour mon action gouvernementale, de confronter mon expérience politique à celle d’un homme plus jeune, mais aux convictions déjà très affirmées, même parfois encore assez dogmatiques», dit ce dernier.

En 1998, Pierre-Yves Maillard se représente aux élections cantonales. Deuxième échec. Affaiblie, la gauche perd un siège au gouvernement. Sa candidature est une façon de profiler un jeune. Pari réussi: il entre au Conseil national en 1999 et devient président du PS vaudois. Connu au sein du parti suisse depuis qu’il s’est opposé à la direction sur la libéralisation des PTT, sa stature grandit. C’est la loi sur le marché de l’électricité (LME) qui le révèle pour de bon sur la scène fédérale, estime la conseillère aux Etats Géraldine Savary: «Il y a deux façons de s’imposer: en tuant le père ou en gagnant une votation.» Allusion à la victoire du référendum socialiste contre la LME en 2002.

Des scores canons

A cette époque, il est secrétaire syndical de la FTMH. Il ajoute une corde à son arc. Il sauve 200 emplois chez Sapal, à Ecublens. «Je l’ai vu changer à ce moment, explique Marlyse Dormond-Béguelin. Il a révélé des qualités de négociateur.» Pierre-Yves Maillard s’habitue à la victoire. En 2003, il se paie le luxe d’obtenir plus de voix au Conseil national que Michel Béguelin, en place depuis 20 ans. En 2004, le vice-président du parti suisse récolte 81 063 suffrages (63,05%) et accède au Conseil d’Etat en un tour. Habitué aux scores canons, il récolte 85 936 voix (54,45%) en 2007. Là aussi au premier tour, comme le radical Pascal Broulis et l’UDC Jean-Claude Mermoud.

Depuis, il multiplie les bonnes notes: baisse des coûts de la santé, meilleur contrôle des abus de l’aide sociale, victoire devant le peuple de son projet de prestations complémentaires pour les familles pauvres. Il lui arrive de perdre: la droite du Grand Conseil a enterré sa réforme du financement hospitalier cette année. Depuis 2004, il est connu en Suisse alémanique grâce à ses combats autour de la caisse maladie unique, des primes d’assurance maladie et des réserves des caisses. Face au conseiller fédéral radical Pascal Couchepin, Pierre-Yves Maillard s’est construit une image d’homme de gauche qui inquiète les partis bourgeois et les caisses maladie.