Quelque chose a changé dans ce royaume des circuits financiers opaques qu'est la Principauté du Liechtenstein. Depuis l'inclusion du micro-Etat sur l'infamante «liste noire» internationale des paradis fiscaux non coopératifs, en juin 2000, les autorités autrefois très passives ont commencé à sévir contre les blanchisseurs présumés d'argent criminel. Selon les informations parvenues au Temps, deux d'entre eux ont été arrêtés au cours des derniers mois, à l'instigation ou avec l'aide de la justice locale.

Dans le premier cas, datant d'il y a quelques semaines à peine, un ressortissant hollandais a été interpellé dans une banque de la principauté avant d'être rapidement extradé. Il faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international lancé dans le cadre d'une enquête sur le blanchiment d'argent provenant du trafic de drogue. Le traitement expéditif qui lui a été réservé montre que la collaboration internationale – en l'occurrence avec la Grande-Bretagne et les Pays-Bas – peut parfois prendre le pas sur les lourdeurs de la procédure d'entraide liechtensteinoise.

Dans le second cas, un agent fiduciaire liechtensteinois a été arrêté en Autriche à l'été 2000, puis extradé vers l'Allemagne pour «complicité de fraude». Il est actuellement incarcéré à Munich. Plusieurs millions auraient été soustraits par l'homme et ses complices à des investisseurs attirés par la promesse de rendements exceptionnels. Au lieu de tenter de protéger son ressortissant comme c'était la coutume il y a encore quelques mois, le Liechtenstein a également demandé son extradition à l'Autriche.

Outre l'accroissement de la répression envers les blanchisseurs, les observateurs notent une autre évolution intéressante: les banques liechtensteinoises, auparavant très chicanières, ont pratiquement cessé de faire recours contre la remise de documents à la justice. «Elles pourraient ralentir les procédures mais ne le font plus alors qu'avant elles considéraient les recours comme un service dû au client. C'est un changement de culture», explique une source proche du gouvernement de la principauté.

Grâce à des salaires décrits comme «très compétitifs», les autorités ont aussi réussi à recruter suffisamment de spécialistes pour les nouveaux organes de lutte anti-blanchiment créés l'an dernier. Elles ont nommé une ancienne star de la police fédérale suisse, Michael Lauber, à la tête de leur «unité de renseignement financier», chargée de récolter et d'analyser les annonces de transactions suspectes transmises par les banques. Ses contacts internationaux devraient permettre de mieux «vendre» la nouvelle image d'une principauté propre à l'étranger.

Les causes de ce changement d'attitude sont très prosaïques: la mauvaise publicité subie l'an dernier par le Liechtenstein du fait de son inclusion sur la «liste noire» pourrait entraîner des conséquences désagréables pour sa place financière. D'après une source officielle américaine au fait de la situation, «les banques du Liechtenstein ont annoncé de bons résultats mais nous pensons, après analyse, que leurs avoirs ont en fait diminué ou connu une croissance décevante». Le pays concentre donc tous ses efforts diplomatiques sur un objectif unique: convaincre les pays du Groupe d'action financière sur le blanchiment (GAFI), qui ont élaboré la «liste noire», d'en faire sortir la principauté. Selon les experts, les chances du Liechtenstein sont désormais très réelles… à condition de présenter un bilan répressif suffisamment étoffé lors des prochaines séances du GAFI, en juin et en octobre prochains.