Transparence

Le lien inconscient d’Isabelle Moret avec l’armement

La Vaudoise a demandé que son nom soit retiré de la liste des «membres» d’un lobby défendant la construction d’armes. Ce n’est pas un cas unique

Isabelle Moret est-elle une «lobbyiste de l’armement», comme le laissait entendre le Tages-Anzeiger mercredi? La conclusion est hâtive, mais ce soupçon met en lumière l’une des zones grises des activités des élus fédéraux, à laquelle Pierre Maudet n’est pas exposé, puisqu’il est conseiller d’Etat à plein temps.

Lundi soir, à Forum, Isabelle Moret a été confrontée à son appartenance au Cercle de travail sécurité et techniques de défense (CSTD), qui milite pour une industrie de défense nationale indigène et exportatrice forte. Son nom apparaissait en effet sur la liste des «membres» publiée sur Internet. Surprise, elle a répondu: «C’est totalement faux. Je ne sais pas qui sont ces gens.»

Elle a demandé que son nom soit retiré afin qu'elle ne soit pas assimilée au lobby de l’armement. Le secrétariat du CSTD s’est exécuté. Son porte-parole précise cependant que «tous les parlementaires énumérés sur la liste ont été invités par les coprésidents ou par le bureau et ont donné leur consentement». Après avoir répondu à un e-mail leur demandant s’ils souhaitaient s'«engager» en faveur d’une «industrie suisse des techniques de défense» compétitive, ils ont tous reçu un courrier confirmant que leur nom figurerait sur la liste des membres. Isabelle Moret a finalement reconnu s’être inscrite par e-mail pour recevoir les informations du CSTD, mais assure ne pas avoir réalisé qu’elle en devenait automatiquement membre et n’a jamais été active.

«Pas un lien d’intérêts»

Le CSTD se présente comme une «plateforme d’information». Il compte 90 membres, qui ne paient aucune cotisation. Ignazio Cassis n’y est pas, mais Philippe Bauer (PLR/NE), Yannick Buttet (PDC/VS), Claude Béglé (PDC/VD) et Jean-Luc Addor (UDC/VS) en font partie. «C’est une des nombreuses invitations reçues après mon élection en 2015. Le CSTD est un intergroupe parlementaire qui organise des dîners-conférences et des séances d’information, comme le font les paysans ou d’autres. Le sujet m’intéresse, j’ai accepté de recevoir des informations et d’avoir mon nom sur la liste», témoigne Philippe Bauer. Yannick Buttet ne se souvient pas de son adhésion, mais affirme qu’elle n’implique «aucun engagement» de sa part. Et Jean-Luc Addor dit «adhérer totalement aux positions» du CSTD, qu’aucun des quatre ne mentionne sur la liste publique de ses liens d’intérêts, car ce n’en est pas un, selon eux.

Lire aussi: Un lobby pro-nucléaire divisé sur le référendum

Le CSTD n’est pas un cas unique. En 2016, Le Temps avait révélé qu’une demi-douzaine de parlementaires favorables à la Stratégie énergétique 2050 étaient répertoriés comme membres d’un lobby pro-nucléaire, l’AVES. Rendus attentifs à cette contradiction, la plupart ont demandé que leur nom soit biffé de cette liste de cautions politiques.

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