Banques

Les liens toujours plus étroits entre la BCVs et Alkopharma

Après celle de Jean-Daniel Papilloud, l'ancien président de la Banque cantonale du Valais, apparaît la proximité de Jean-Yves Bonvin, ex-administrateur de l'établissement, avec Alkopharma, une société pharmaceutique à laquelle la banque a prêté des dizaines de millions avant que cette dernière ne fasse faillite

Jean-Daniel Papilloud, l'ancien président de la direction générale et du conseil d'administration de la Banque cantonale du Valais (BCVs), n'était pas le seul personnage influent de l'établissement bancaire proche de la société Alkopharma. Ex-administrateur de la banque, Jean-Yves Bonvin a été l'avocat du groupe pharmaceutique qui a fait faillite et auquel la banque avait octroyé un crédit important.

En 2009, la BCVs avait prêté plus de 85 millions de dollars à Alkopharma, qui souhaitait acheter des molécules brevetées au géant Novartis. Un prêt qui ne sera jamais totalement remboursé. Lésée à hauteur de 21,6 millions de francs dans la faillite de l’entreprise pharmaceutique en 2013, la banque veut obtenir réparation. En décembre dernier, l'établissement bancaire a introduit une action civile en responsabilité à l'encontre de Jean-Daniel Papilloud, estimant que les faits recueillis sont «suffisants pour mettre en cause sa responsabilité civile».

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Un vote et une récusation

Le Nouvelliste dévoile ce jeudi que Jean-Yves Bonvin a aussi participé au processus d'octroi de ce prêt à Alkopharma. Lorsque de tels montants sont en jeu, le Conseil d'administration de la banque doit valider le crédit. Ce dossier a été traité à deux reprises par les administrateurs, en 2009. Une première fois le 24 août et une seconde le 26 octobre, après une demande de Novartis portant sur des garanties supplémentaires. Si lors de la première séance, Jean-Yves Bonvin participe au vote, lors de la seconde il se récuse.

Et pour cause, entre le mois d'août et le mois d'octobre 2009, il est devenu l'avocat d'Alkopharma. «J’ai été chargé de traiter la cession par Novartis à Alkopharma de droits d’exploitation de médicaments certifiés», confirme-t-il au quotidien valaisan. Mais l'avocat, qui a été membre du conseil d'administration de la BCVs de 2002 à 2013, n'y voit aucun conflit d'intérêts. «Les choses ont été faites dans les règles. De plus, au lieu de poser problème à la banque qui, par ailleurs, n’a rien trouvé à redire à mon implication dans ce contrat, ce fut un avantage pour elle», ajoute-t-il, précisant avoir accepté ce mandat car «il était tout à l’avantage de la banque d’avoir une personne de confiance qui négocie pour Alkopharma avec Novartis. Cela permet de limiter encore mieux les risques».

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«Totalement serein»

L'ancien administrateur pourrait-il être inquiété dans cette affaire? Jean-Yves Bonvin a défendu la société pharmaceutique et son patron jusqu’en mars 2013, soit bien après l'éclatement de l'affaire du Thiotepa, dénoncée par Swissmedic en 2011. Alkopharma a falsifié les dates de péremption de cet anticancéreux, afin d'écouler son stock. Entre 2007 et 2011, près de 100 000 flacons périmés ont été vendus et administrés à des patients en Suisse, mais aussi en France. Jean-Yves Bonvin était donc l'avocat d'Alkopharma au moment de la perquisition de la société, en septembre 2011, et il était toujours à ses côtés au début de la procédure pénale et durant les auditions d'enquête.

Il se dit toutefois «totalement serein» et ne craint aucunement d'être inquiété dans cette affaire. La justice sera-t-elle du même avis? Affaire à suivre. Quant à la BCVs, elle ne commente pas cette affaire.

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