C’est une mince lueur d’espoir pour les milieux culturels romands. Ce vendredi, les cantons de Genève, Vaud, Neuchâtel et Fribourg se sont en effet entendus sur une réouverture des cinémas, théâtre et autres salles de spectacle dès le 19 décembre, à condition que la «tendance sanitaire favorable se confirme». La limite de 50 personnes, fixée par la Confédération, reste en vigueur, au grand dam des intéressés pour qui la taille des salles devrait être prise en compte. Ces décisions suivent la logique de la France qui a, elle aussi, annoncé un assouplissement à la mi-décembre.

Lire aussi: Les artistes vaudois en colère

Commerces, restaurants ou encore stations de ski, ces dernières semaines: les autorités cantonales ont dévoilé leur plan de réouverture progressive sans toutefois mentionner les lieux culturels. Un affront pour les principaux intéressés, qui ont vertement manifesté leur mécontentement en début de semaine, notamment dans le canton de Vaud. «En tant qu’acteurs culturels, nous n’avons pas la même force de lobbying que les restaurateurs, par exemple», déplore Jean Liermier, directeur du Théâtre de Carouge.

S’il salue l’effort de coordination du jour, celui qui est aussi directeur de la Fédération romande des arts de la scène reste toutefois critique. En l’état, la limitation de 50 spectateurs condamne certains lieux. La grande salle du Théâtre de Carouge, qui contient 550 places, restera par exemple fermée. «Etre dans une salle à moitié vide n’est agréable ni pour le spectateur ni pour l’artiste, souligne Jean Liermier. Du point de vue financier, c’est évidemment une aberration.» Depuis des mois, les acteurs culturels demandent que les cantons reprennent la main sur la Confédération et adaptent la jauge en fonction de leur situation sanitaire.

Flou sanitaire préoccupant

Si les salles d’une centaine de places pourront, quant à elles, ouvrir en laissant vide un siège sur deux, comme c’était déjà le cas cet été, l’incertitude ambiante reste un obstacle. «A force de reports, on craint un embouteillage des programmations, déplore Jean Liermier. C’est tout le dispositif de création qui est mis en danger. Il faut trouver une façon de gérer cette crise à long terme.» Laurent Dutoit, à la fois exploitant et distributeur, qui gère plusieurs salles de cinéma indépendantes à Genève, s’inquiète lui aussi du flou sur le plan sanitaire. «Ouvrir pour refermer une semaine après si les cas remontent, ce n’est pas tenable, estime-t-il, surtout pour les distributeurs qui travaillent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.»

Lire aussi: Coronavirus: le difficile couperet des 50 spectateurs

Chez l’un comme chez l’autre, le sentiment d’injustice est palpable. Malgré des plans de protection stricts et alors qu’aucun cluster n’a été déclaré dans les cinémas et les théâtres, ces derniers ont été traités comme des lieux à risque. «Cette idée s’est insinuée dans la tête des gens, il faut désormais recouvrer leur confiance», prévient Laurent Dutoit.

Lire aussi: Le spectre de la dernière séance