De Brunnen on aperçoit, sur l’autre rive du lac des Quatre-Cantons, la plaine du Grütli. Puis, entre les rochers, le chemin de fer passe devant la chapelle de Tell, traverse ensuite la vallée d’Uri, grimpe vers Göschenen par les fameux tunnels hélicoïdaux qui encerclent l’église de Wassen, s’engouffre dans la galerie construite à la fin du XIXe siècle avant de ressortir du côté tessinois et de plonger dans la Léventine.

A partir de décembre 2016, lorsque le tunnel de base reliant les deux vallées aura été mis en service, ce voyage bucolique appartiendra au passé. Mais pas complètement. Dans un rapport publié mercredi en réponse à un postulat du conseiller aux Etats Isidor Baumann (PDC/UR), le Conseil fédéral confirme que la ligne sommitale du Saint-Gothard ne disparaîtra pas du paysage ferroviaire helvétique.

Il n’est toutefois pas en mesure de dire aujourd’hui quelle offre de transport sera proposée sur cet axe alpin. Le trafic marchandises ne passera plus par là. Il sera totalement absorbé par la nouvelle liaison directe souterraine reliant Erstfeld à Biasca. La ligne sommitale pourrait néanmoins être appelée à jouer un rôle de délestage après 2030, en fonction de l’évolution de la demande sur l’axe nord-sud.

Mais c’est surtout pour le trafic voyageurs que le tracé historique sera maintenu. Jusqu’à fin 2017, date de l’échéance de la concession, les CFF feront circuler des rames en trafic grandes lignes qui s’arrêteront dans les principales gares de la région entre Schwyz et Biasca.

48 millions par année

Pour la suite, c’est ouvert. Les CFF présenteront une nouvelle offre de trafic longues distances. On ne sait pas encore en quoi elle consistera. En revanche, l’offre concurrente de la compagnie Südostbahn (SOB) a, elle, été rejetée. Il est aussi envisageable de faire passer des trains touristiques par la ligne de faîte.

Tout dépendra aussi des coûts d’entretien et de l’ampleur des investissements qui seront décidés sur l’ancien axe une fois que le ­tunnel de base aura été ouvert. Actuellement, le déneigement et les travaux de réparation liés, notamment, au poids des convois de marchandises coûtent 48 millions de francs par an. Ils devraient pouvoir être réduits d’un tiers.

Mais tout cela reste très incertain. De sorte que le Conseil fédéral juge prématuré de prendre une décision sur une éventuelle candidature du «paysage de transit du Gothard», dont la ligne historique constitue l’«épine dorsale» à cause de sa richesse culturelle et historique, au Patrimoine mondial de l’Unesco (LT du 02.08.2014). Une telle candidature «n’aurait actuellement aucune chance», constate-t-il. Il souhaite ­cependant laisser cette option «ouverte» pour plus tard.